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Le témoignage de Sophie, revenue de Daech: «Tout ce qui m’importait était de sauver mon fils»

Le témoignage de Sophie, revenue de Daech: «Tout ce qui m’importait était de sauver mon fils»

- Reporters / Abaca

À 34 ans, Sophie Kasiki a connu l’enfer de Daech après avoir été embrigadée par ses anciens voisins. Elle a miraculeusement réussi à s’échapper avec son fils. Elle a décidé de témoigner pour mettre en garde les personnes susceptibles de rejoindre la Syrie.

Le témoignage de Sophie, revenue de Daech: «Tout ce qui m’importait était de sauver mon fils»
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La plupart des jeunes qui ont commis l’erreur de rejoindre Daech n’ont pas la chance de pouvoir faire marche arrière. Sophie Kasiki (nom d’emprunt), elle, a eu cette chance. Embrigadée par des jeunes de son quartier, la jeune trentenaire a décidé de rejoindre l’État islamique avec son fils au début de l’année dernière. Quelques semaines plus tard, elle est miraculeusement parvenue à fuir et raconte aujourd’hui le cauchemar qu’elle a vécu.

Tout commence donc en décembre 2014. Éducatrice spécialisée d’origine congolaise, Sophie Kasiki rentre en contact, via Facebook et Viber, avec trois jeunes garçons de son quartier parisien partis en Syrie. «Je les connaissais bien, c’étaient des gamins. Je les pensais incapables de me manipuler», raconte la jeune femme.

Et pourtant. Convertie à l’islam depuis plusieurs années, Sophie Kasiki tombe dans le piège et part en Syrie en février 2015. Son mari, lui, la croit partie en Turquie pour faire du bénévolat. «Je n’allais pas bien», explique-t-elle, elle qui a été envoyée en France après le décès de sa mère. «J’étais mariée, j’avais un enfant, mais je ressentais un grand vide en moi.»

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Ils ne me racontaient pas ce qu’ils faisaient. Ils me disaient que ce qu’on racontait sur Raqqa était faux

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Les trois jeunes sautent sur l’occasion et lui proposent de venir travailler dans une maternité pour aider les Syriennes. «J’avais besoin de me rendre utile. (...) Je n’ai jamais été dans le radicalisme religieux. Ils ne me racontaient pas ce qu’ils faisaient. Ils me disaient que ce qu’on racontait sur Raqqa était faux, preuves à l’appui.»

Mais arrivée sur place, la jeune femme déchante. «Ce qui m’a frappé, ce sont les hommes lourdement armés et les femmes en niqab», raconte-t-elle. Rapidement, elle désire retourner en France, mais son passeport lui est confisqué. Elle entame une grève de la faim, en vain. Inutile à l’hôpital, elle est envoyée dans une maison pour femmes. «On est là pour procréer. Les femmes ne doivent pas exister.»

Condamnée en France

C’est en avril que Sophie voit la chance tourner. Voyant une porte laissée entre-ouverte, elle s’y engouffre avec son fils et, avec l’aide de rebelles syriens, rentre en contact avec son mari, qui organise son exfiltration. «Dès que j’ai été entre les mains des rebelles, j’ai su que mon fils allait s’en sortir», explique-t-elle. «C’est tout ce qui m’importait.»

Une fois en France, elle est arrêtée par la DGSI puis condamnée à quatre mois de prison pour «extraction d’enfant par ascendant.» Aujourd’hui elle veut à tout prix poursuivre son travail de prévention. «Beaucoup de filles n’ont aucune idée de ce qui les attend là-bas», affirme-t-elle. «J’en connais une de 14-15 ans qui, mariée de force, ne pourra jamais revenir.»

Un témoignage à lire dans «Dans la nuit de Daech, confession d’une repentie», aux éditions Robert Laffont.

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