POLITIQUE

La Catalogne, futur « sujet explosif » pour le gouvernement Michel

La Catalogne, futur « sujet explosif » pour le gouvernement Michel

Le ministre de l’Intérieur que la question d’une reconnaissance d’une Catalogne indépendante sera explosive au sein du gouvernement Michel. Au point de le faire exploser? BELGA

L’avancée autonomiste de la Catalogne arrivera un jour sur la table des gouvernements européens. Pour celui de la Belgique ce sera un «sujet explosif», a déclaré Jan Jambon.

Après trois mois de crise, Carles Puigdemont a finalement été élu président de la région de Catalogne, en Espagne. Le maire de Géronne, membre de la droite indépendantiste, devrait relancer le processus d’indépendance de la Catalogne, dont l’aboutissement et prévu pour 2017.

Et ce nouveau pas en avant sécessionniste pourrait avoir des répercussions jusque dans les sphères politiques belges, à en croire des déclarations de Jan Jambon rapportées par De Morgen. Le ministre de l’Intérieur a ainsi indiqué que si la question d’une Catalogne indépendante doit se poser, elle constituerait «un sujet explosif» pour le gouvernement belge.

Au point de faire chuter le gouvernement Michel s’il ne s’accordait pas sur une reconnaissance de la Catalogne – évidemment – souhaitée par les séparatistes de la N-VA? Selon le magazine pro-flamand Pluriel, Jan Jambon aurait évoqué cette possibilité début décembre dans le cadre d’une réunion de l’ICEC, une organisation de citoyens et d’organisations qui militent pour l’autodétermination des régions d’Europe.

Ce qu’a par la suite infirmé le principal intéressé, se contentant donc de dire qu’il s’agirait néanmoins d’un «sujet explosif».

«Invendable aux Flamands» de faire tomber le gouvernement pour ça

Il est en réalité surtout explosif pour la N-VA elle-même, analyse Dave Sinardet.

Pour le politologue de la VUB, vis-à-vis de «l’arrière-ban nationaliste flamand» il serait en effet délicat pour le parti de Bart De Wever de ne pas soutenir une revendication autonomiste de la Catalogne hautement symbolique.

Ne pas soutenir officiellement le processus catalan qui est le rêve ultime d’une certaine Flandre passerait mal chez les nationalistes purs et durs du nord du pays. Eux qui ont déjà dû avaler, lors de la montée au fédéral de la N-VA, la mise au frigo pendant 5 ans de leurs propres revendications autonomistes.

Mais cet «arrière-ban nationaliste», même s’il est majoritaire au sein du parti, reste minoritaire au sein de l’électorat de la N-VA, ajoute le politologue spécialiste du nationalisme en Belgique. Il est donc «très improbable, voire impossible» que la N-VA fasse tomber le gouvernement pour cette question de la reconnaissance d’une Catalogne indépendante.

«Ce serait invendable aux Flamands qui ne s’intéressent pas à la question catalane. Et cela irait même contre la stratégie de la N-VA qui veut se présenter comme un parti fiable, de gouvernance et capable de diriger le pays.»

Alors quid? Car Dave Sinardet reconnaît que l’avancée des indépendantistes catalans obligera un jour le gouvernement belge, comme les autres en Europe, à se positionner. La Catalogne, dans son processus unilatéral cherchera la reconnaissance qu’elle ne pourra avoir de Madrid auprès des états européens.

«Ce sera un compromis à trouver au sein du gouvernement Michel», note Dave Sinardet. Ainsi, si l’Europe ne manquera sans doute pas de se dédouaner en renvoyant la Catalogne vers un processus négocié avec le gouvernement espagnol et qu’il n’est pas question pour les autres partis au gouvernement fédéral de reconnaître la sécession catalane, on peut très bien imaginer que la Belgique joue le jeu du ni-oui-ni-non. En décidant tout simplement de ne pas se prononcer sur la question.

Un compromis à la belge sur une question nationaliste? Un comble pour la N-VA…