ECONOMIE

Vente d’armes à Ryad: la FGTB met en garde contre un embargo

Vente d’armes à Ryad: la FGTB met en garde contre un embargo

La FGTB Métal ne veut pas de politiques qui aboutiraient à pénaliser la seule FN Herstal au détriment de ses concurrents européens. Reporters

Les métallos liégeois de la FGTB mettent le monde politique en garde contre un embargo wallon sur les ventes d’armes à l’Arabie saoudite. Selon eux, ce genre d’initiative mettrait en grand danger la FN Herstal.

La vente d’armes à l’étranger, y compris vers l’Arabie saoudite, est strictement réglementée tant en Belgique que dans le cadre européen, souligne la fédération des métallurgistes. «Les exportations d’armes wallonnes sont probablement parmi les plus contrôlées du monde», affirme-t-elle.

Dans les rangs politiques, Écolo a réclamé un embargo sur l’Arabie saoudite tandis que le président de la sous-commission parlementaire de contrôle des licences d’armes, Nicolas Tzanetatos (MR), estime que le contrôle n’est pas optimal et qu’une vigilance accrue est de mise.

«Chaque débat sur la question renforce nos craintes. Il est clair que les concurrents directs de la FN n’attendent qu’une chose: un embargo décrété à Namur, qui leur ouvrira toutes grandes les portes d’un marché qui leur était jusqu’ici fermé, et qui est important pour l’entreprise de Herstal», avertissent les métallos.

La fédération syndicale des métallurgistes se rallie aux propos du ministre-président wallon Paul Magnette (PS) qui, lundi, a mis en avant le contrôle «scrupuleux» de la Wallonie sur ses exportations d’armes.

«La FGTB Métal Liège-Luxembourg rappelle qu’elle s’est toujours opposée à des politiques d’exportation qui aboutiraient à vendre n’importe quoi à n’importe qui. Elle souhaite un cadre strict et ce cadre existe aujourd’hui. Mais la FGTB Métal ne veut pas de politiques qui, finalement, aboutiraient à pénaliser la seule FN Herstal au détriment de ses concurrents européens».

Des armes flamandes équipent l’armée saoudienne

L’armée saoudienne est équipée d’armes flamandes, a fait savoir mardi le «Vlaamse Vredesinstituut» (Institut flamand pour la Paix). Ses avions de combat disposent effet d’un système de radar utilisant une technologie qui vient de Flandre.

Le ministre-président flamand, Geert Bourgeois, s’est dit opposé à un embargo général sur l’exportation d’armes vers l’Arabie saoudite. Mais dans le contexte actuel, il précisait toutefois qu’il se montrerait très critique sur une demande de licence vers le royaume saoudien et qu’il ne l’accorderait vraisemblablement pas.

M. Bourgeois oublie de préciser que les troupes saoudiennes disposent déjà de matériel flamand dans leurs avions de guerre et qu’il ne s’agit sans doute que de la partie émergée de l’iceberg. La destination finale du matériel militaire produit en Flandre est inconnue de 60 à 78% des cas, selon le «Vredesinstituut».

Depuis l’adoption du décret flamand sur les armes en 2012, l’exportation vers un pays de l’Union européenne ne fait plus l’objet d’un contrôle préalable. Ce contrôle est laissé au pays d’assemblage. Qui plus est, certains produits ne sont plus soumis à licence, comme des écrans.

«Des conséquences économiques néfastes»

La fédération des entreprises technologiques Agoria Wallonie estime qu’une rupture des relations commerciales avec l’Arabie saoudite dans le domaine des équipements de défense et sécurité serait inefficace sur le plan diplomatique et aurait des conséquences économiques néfastes.

La fédération remet tout d’abord en question l’efficacité d’une éventuelle suspension de ventes d’armes à Ryad de la part de la Belgique: «L’Arabie saoudite est un partenaire économique et diplomatique contre lequel aucun embargo international n’a été déclaré. La Wallonie étant un petit Poucet dans le commerce mondial de la sécurité et de la défense, toute action unilatérale de notre part n’aurait donc aucun effet: seule une approche européenne, voire internationale, a du sens.»

Mais elle pointe surtout l’impact économique qu’une suspension de vente d’armes pourrait entraîner. «Les échanges commerciaux avec l’Arabie saoudite et ses alliés représentent un poids important pour notre économie et nos relations commerciales avec ces pays vont bien au-delà des équipements de défense et sécurité. Toute action unilatérale dans ce domaine précis aura des répercussions sur les autres secteurs économiques, dans l’industrie et ailleurs», poursuit la fédération.

Agoria Wallonie dit, par ailleurs, comprendre la nécessité de suivre à la lettre les règles du commerce international en matière d’équipement de sécurité et de défense. «Les exportations de ce type de matériel sont déjà soumises à une réglementation spécifique très stricte, revue récemment en Wallonie et qui correspond aux plus hauts standards internationaux. Agoria demande purement et simplement que cette réglementation soit appliquée afin de respecter nos engagements internationaux et garantir une sécurité juridique minimale aux entreprises concernées.»