ROYAUTÉ

PALAIS | Fournisseur breveté de la Cour de Belgique, un concept désuet ?

C'était aujourd'hui, au Palais de Bruxelles, la réception des nouveaux fournisseurs brevetés de la Cour de Belgique. Pour les entreprises concernées, plus qu'un titre honorifique, c'est aussi une porte ouverte sur de nouveaux marchés. Rencontre avec l'un d'eux : le chocolatier Pierre Marcolini.

 

Réception dans un grand salon du palais de Bruxelles. Le décor est majestueux, impressionnant. Quelque peu suranné. Plusieurs messieurs qui portent beau sont alignés le long d'une cheminée. Il s'agit des administrateurs de l'asbl qui décident qui fera partie du sérail, à savoir la liste très officielle des fournisseurs brevetés de la Cour de Belgique. Trois petits nouveaux pour cette cuvée 2015 : la sprl Euro-Mousse, de Ninove ; la sprl Horlogerie ancienne, à Bruxelles ; et le bien connu chocolatier Bruxellois Pierre Marcolini. Chacun est appelé par un huissier en grande tenue et présenté au couple royal : le roi Philippe dans un costume sombre, cravate jaune assez gaie et la reine Mathilde, toujours très élégante, haut-perchée sur ses talons aiguilles et moulée dans une jolie robe orange.
Quelques mots, deux poignées de mains viriles (ben oui, pas de bisou à la reine, quand même) et tout ce petit monde se retrouve dans la pièce à côté. C'est à ce moment que les nombreux journalistes sont priés de plier bagages et d'attendre les récipiendaires à l'extérieur de l'enceinte royale pour réaliser leurs interviews.

Désuet ?

On aurait pu titrer "Quand le roi de Belgique reçoit le prince du chocolat"... Mais pour Pierre Marcolini, un tel titre est bien plus qu'une reconnaissance honorifique. Il nous l'explique : « Lors de missions économiques à l’étranger, il y a des situations qui ont été débloquées par la présence du prince Philippe (avant qu'il ne devienne roi, donc). Nous avons récemment signé un accord avec un groupe chinois, la présence du roi lors d'une de ces missions a été déterminante. C’est donc loin d’être désuet. En dehors du symbole, il y a aussi une réalité économique. Certains de nos clients sont aussi fiers que nous de cette distinction. Je pars cet après-midi à Tokyo et c’est encore un pays où ce genre de chose à une incidence réelle sur les affaires ».
 

Label « Fournisseur de la Cour »

Le chocolatier désormais reconnu nous précise : « On a 20 ans d’existence et certaines personnes pensaient que l’on était déjà fournisseur de la Cour. C’est une belle étape pour une maison belge de demander cela et de l’affirmer à l’international. Le Palais se fournissait déjà chez nous, ce qui a motivé aussi notre demande. On l’a sollicité parce que l’on pense que dans l’élément de fierté qu’une entreprise peut avoir, à l’international, le fait de dire que nos origines sont belges, que notre production est belge et avoir en plus de cela l'excellence de ce "label", au Moyen-Orient comme en Asie, c’est vraiment essentiel. Et il est aussi important de noter que cela se décide en dehors de toute influence politique.
 

 

Comment ça marche ?

En fait, tout comme pour les décorations officielles ou les titres nobiliaires, une reconnaissance de fourniseur breveté de la Cour de Belgique se quémande. Mais il faut évidemment respecter certaines conditions. Pas question pour la friterie Pimpin ou la coiffure Diminu'tif de se retrouver parmi le saint des saints.

Extrait du site consacré aux  fournisseurs Brevetés de la Cour de Belgique :

     a. Procédure d'octroi

Le titre de "Fournisseur breveté de la Cour de Belgique" peut être octroyé à un particulier ou à une personne assumant la fonction de haute direction au sein d’une société et qui en aura fait la demande par lettre adressée à Monsieur l’Intendant de la Liste Civile du Roi. Cette lettre comportera toutes les données relatives au demandeur permettant de juger du bien-fondé de la demande ainsi que toutes les justifications nécessaires.

     b. Conditions d'octroi

Le titre de "Fournisseur breveté de la Cour de Belgique" sera conféré par le Roi après examen de la demande et sur avis de l’Intendant de la Liste Civile. Ce dernier consultera au préalable, s’il le juge nécessaire, l’a.s.b.l. des "Fournisseurs brevetés de la Cour de Belgique".
Toute décision d’octroi ou de non-octroi ne sera jamais justifiée.
L’avis de l’Intendant de la Liste Civile se basera entre autres sur certains critères objectifs sans empêcher que d’autres éléments puissent également entrer en ligne de compte :

♦ Le demandeur remplira toutes conditions de parfaite honorabilité.
♦ Le particulier ou la société doit disposer d’un siège d’exploitation et d’une inscription au Registre du Commerce en Belgique.
♦ Le demandeur aura effectué à la Liste Civile du Roi des fournitures et/ou des prestations de services en qualité et quantité suffisante pendant une période d’au moins 5 ans.
♦ D’une façon générale, ne seront prises en compte que les livraisons ou prestations effectuées directement à la Liste Civile du Roi. Néanmoins, dans certains cas particuliers, des livraisons indirectes (soit en sous-traitance, soit via d’autres instances que la Liste Civile) pourront entrer en considération, au regard de l’appréciation particulière du service rendu à la Maison du Roi.

5 ans

Le brevet est accordé pour une période de 5 années, renouvelable. En dehors de cette période de 5 ans, il pourra être retiré à tout moment sans justification.

On retrouvera également sur ce site la liste des privilèges dont jouira la société détentrice du titre. Entre autres, le droit de faire usage des Armes Royales dans sa communication et son packaging, sous certaines conditions.

 

La liste des sociétés faisant partie des "fournisseurs brevetés de la Cour de Belgique"
 

Le chocolatier Pierre Marcolini reçu par le couple royal.
© Photo BELGA / Éric LALMAND