SOPHIE MERGEN (8/8)

Du théâtre pour briser les clichés du radicalisme

Pour la troupe Ras El Hanout, les échanges avec le public sont primordiaux. Une fois la pièce terminée, le débat est encouragé.Sophie Mergen

Sensibiliser à la condition sociale des immigrés. Telle est l’ambition de l’ASBL Ras El Hanout. Par le biais de la scène, des jeunes musulmans s’expriment sur des sujets brûlant d’actualité: racisme, chômage, multiculturalité.

 

Chaque semaine pendant deux mois, un étudiant en journalisme sélectionné pour le concours de la Belgodyssée propose un reportage sur le thème des nouvelles formes de solidarité. Découvrir le candidat de la semaine.

 

"Je suis un fruit étrange. Un fruit étranger. Quand je me comporte mal, je suis le Maroc. Quand je suis poli, je suis la Belgique". Les mots sont percutants. Cet extrait de slam tiré de la pièce "Fruits étrange(r)s" véhicule avec lui toute la détresse identitaire des jeunes issus de l’immigration.

Au théâtre Molière, le public retient son souffle. Immigrés ou fils d’immigrés, acteurs et spectateurs ont le sentiment commun de n’être ni d’ici, ni de là-bas. Ou d’être un peu des deux. Musulmans bruxellois. Bruxellois musulmans.  Une identité plurielle, mais pas incompatible avec une citoyenneté active. C’est ce que s’attellent à démontrer les bénévoles de l’association molenbeekoise Ras El Hanout. Jeunes issus de quartiers populaires, ils se servent du théâtre pour déconstruire les stéréotypes qui planent sur la communauté musulmane.  

Ecoutez un extrait de slam de Youness Mernissi, membre de la troupe Ras El Hanout

Du théâtre épicé

Dans un mélange de rires et de larmes, les séquences s’enchaînent. Entre la femme voilée exclue du marché du travail, le primo-arrivant mal accueilli et le jeune revenu d’un pèlerinage à La Mecque, chaque personnage évoque des situations qui parlent au public. Les artistes s’inspirent de leur propre vécu. De quoi donner aux pièces leur saveur pimentée. En filigrane, une réflexion : comment être musulman ici et aujourd’hui? La réponse est évidemment plurielle. Aussi colorée que les épices qui composent le Ras El Hanout. Aussi métissée que l’ASBL qui en a revêtu le nom.

“On n’est pas le nombril du monde”

Entre les comédiens et le public, une relation horizontale. Le débat est encouragé après chaque pièce. Comme l’explique Salim Haouach, directeur de l’ASBL, interpréter un rôle permet de cultiver un positionnement nuancé. "Quand on se met dans la peau d’un chômeur confronté à dix lettres de refus, on revoit son jugement  vis-à-vis de celui-ci", illustre-t-il. "Etre acteur, cela permet de voir que l’on n’est pas le nombril du monde", renchérit Yousra Drahi. Metteuse en scène et éducatrice, ce petit bout de femme perçoit le théâtre comme un outil éducatif. Son ambition? Créer des sketchs avec des adolescents venus de quartiers difficiles, voire en situation de délinquance ou de rupture familiale.  

Des ateliers pour adolescents

Le but premier des ateliers est d’amener ces jeunes à oser s’exprimer en public. "Ils n’ont pas la parole dans les médias. La scène est le seul endroit où ils peuvent dire ce qu’ils pensent. Ce sera peut-être maladroit, mais il suffira de réécrire", explique Yousra Drahi. "En se produisant devant une centaine de personnes, ils se sentent enfin valorisés", ajoute Salim Haouach. Une valorisation dont la nécessité semble encore accrue au vu de l’actualité propice aux amalgames. Le théâtre est, à sa manière, un médium où il est possible de devenir acteur. Acteur de sa réputation, acteur de sa ville, acteur de sa vie.

 

Salam Aleykoum, un festival haut en couleurs

Le centre-ville de Bruxelles accueille la 2e édition du festival Salam Aleykoum. Du 2 au 7 décembre, pièces de théâtre, slam et expositions se succèdent à la maison des cultures maroco-flamande. Le fil conducteur du festival? Le retour à Bruxelles de jeunes Molenbeekois partis faire le pèlerinage à La Mecque. Une fois n’est pas coutume, les représentations sont inspirées du vécu des artistes. Ils dépeignent avec humour et émotion leur voyage en Arabie Saoudite. Une expérience nourrie par une double diversité : celle des pèlerins venus des quatre coins du monde, et celle de Bruxelles la cosmopolite. Deux lieux, deux manières différentes de vivre sa religion. Une façon originale d’aborder le choc culturel entre capitale de l’islam et capitale de l’Europe. 

 

 

Chaque semaine pendant deux mois, un étudiant en journalisme sélectionné pour le concours de la Belgodyssée propose un reportage sur les nouvelles formes de solidarité. Très intéressée par les problèmes d'intégration, Sophie Mergen s'est attardée sur le travail d'une ASBL de Molenbeek qui fait de la sensibilisation sur le sujet par le biais du théâtre. Pour ce dernier binome bilingue, elle a travaillé avec Jan Sebastiaan Vinckx. N'hésitez pas à laisser vos commentaires sur son travail.

Sophie Mergen, Bruxelles

Bruxelloise dans l’âme, je suis le reflet de notre capitale multiculturelle. Les questions d’immigration, c’est mon dada! Etudiante passionnée, chacun de mes reportages est avant tout une aventure humaine. L’Ecole de journalisme de Louvain m’a aguerrie au métier en m’enseignant deux choses essentielles:  la curiosité et l’honnêteté intellectuelle. Mon ambition? Faire de ma passion une profession, au service de la déconstruction des clichés. 

Les reportages radio des candidats de la Belgodyssée, c'est chaque samedi sur VivaCité, dans l'émission "Grandeur nature" d'Adrien Joveneau, de 15h à 17h.


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