BRUXELLES

«Le corbeau» se tait sur Gold FM : pression politique ?

«Le corbeau» se tait sur Gold FM : pression politique ?

Les auditeurs bruxellois de Gold FM n’entendent désormais plus Kenan Erer. Victime de pressions politiques? ÉdA

L’émission matinale de Kenan Erer sur Gold FM, la seule station turcophone de Bruxelles, a pris brutalement fin ce lundi. Pression politique sur un animateur trop critique à l’égard de l’AKP? La direction dément. Mais admet que le journaliste faisait des vagues.

L’annonce est tombée comme un couperet: «le directeur m’a convoqué, et il m’a dit qu’il subissait des pressions depuis longtemps. Il y avait résisté, mais cela ne lui était plus possible. Et il m’a annoncé la fin de mon émission». Lundi matin, Kenan Erer a donc présenté une dernière fois «Le petit-déjeuner du corbeau», sur Gold FM, la seule radio turcophone de Bruxelles, et il a pris congé de ses auditeurs. Définitivement.

Un ton trop libre?

Produite par la société Gold Music SPRL, Gold FM a été créée afin de donner «une représentativité et une visibilité à la communauté turque installée sur le territoire belge». À Bruxelles essentiellement, mais également dans tout le pays. Diffusant des programmes en turc et en français, elle s’affiche «totalement neutre au niveau politique ainsi que non confessionnelle».

Depuis plusieurs années, Kenan Erer présentait une émission matinale, faite d’une revue de la presse turque «de l’extrême-gauche aux journaux pro gouvernementaux», explique le journaliste belgo-turc Mehmet Koksal; d’une présentation de l’actualité belge et turque; et enfin d’un dialogue à micro-ouvert avec les auditeurs, un dialogue parfois pimenté «d’injures, surtout depuis la répression en 2013 des manifestations du parc Gezi à Istanbul», a relevé Mehmet Koksal.

C’est vrai que «depuis les événements du parc Gezi, il y a eu des réactions d’auditeurs, partagés entre pro-AKP et anti-AKP», le parti du président Recep Tayyip Erdogan, confirme Ünal Yildrim. Pour autant, le directeur de Gold FM récuse toute pression politique sur lui, ou toute pression économique sur sa radio – «vous pensez bien, depuis 2013, nous ne serions plus là» – pour expliquer le licenciement de Kenan Erer. Il n’accepte d’ailleurs pas non plus le terme de «licenciement»: «M. Erer avait sa société de production qui nous livrait une émission: nous en avons supprimé une; et il pouvait toujours poursuivre l’autre, mais il a refusé». En réalité, Kenan Erer travaillait plutôt comme indépendant, comme la plupart des collaborateurs d’une radio, qui, pour obtenir une fréquence, aurait pourtant dû stabiliser une équipe journalistique…

Le ton de Kenan Erer était-il trop libre? «Des pressions de la communauté turque de Belgique ne sont pas à exclure», estime Mehmet Koksal. «Les auditeurs ont réagi à la suppression de l’émission, notamment via les réseaux sociaux», explique Kenan Erer. «Certains ont dénoncé son départ; d’autres s’en sont réjouis», banalise Ünal Yildrim.

À Bruxelles, cette semaine, précisément les négociations entre l’Union Européenne et la Turquie ont repris, sur la question des réfugiés en priorité. Mais le processus d’adhésion a été ravivé, même s’il reste des chapitres cruciaux à aborder. Celui de la liberté de la presse, a notamment insisté Jean-Claude Juncker, le président de la Commission…


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