GUILLAUME ALVAREZ-DIAZ (7/8)

Solidarité: redonner le sourire aux mamans

A Bruxelles, mamans et enfants issus de l’immigration sont les premiers touchés par la précarité. Leur redonner le sourire, telle est la mission de l'ASBL NASCI grâce à un suivi pédagogique et matériel basé sur l’égalité des chances.

 

Chaque semaine pendant deux mois, un étudiant en journalisme sélectionné pour le concours de la Belgodyssée propose un reportage sur le thème des nouvelles formes de solidarité. Découvrir le candidat de la semaine.

 

Schaerbeek, par une froide matinée d’automne, le genre à ne pas mettre le nez dehors, d’autant qu’il paraît qu’aucun métro ne roule aujourd’hui dans Bruxelles. La menace terroriste est passée par là et c’est toute la ville qui fonctionne à nouveau au ralenti, pile le jour de notre rendez-vous. Pas le temps toutefois de s’apitoyer, nous approchons de l’adresse convenue, située pas loin de la gare de cette commune parmi les plus peuplées et cosmopolites du pays. C’est sans doute l’une des raisons qui a poussé NASCI à y installer ses quartiers.

Officiellement un centre d’aide à la petite enfance, cette ASBL vient en aide plus largement aux mères enceintes et aux mamans, en majorité issues de l’immigration et dont la qualité de vie précaire nécessite une assistance dans plusieurs domaines. «Environ 70% de notre public est composé de mamans qui sont soit seules, pas encore régularisées avec le CPAS ou qui sont arrivées récemment dans notre pays, explique Nicky Budts, la directrice de NASCI. Nous avons accueilli au total plus de 45 nationalités différentes, et chaque jour nous en voyons défiler.»

La précarité au niveau 4

Le nombre de personnes dans le besoin qui s’adressent à des centres d’aide sociale n’a fait qu’augmenter avec les années, et pas seulement à NASCI. Comme le montre le graphique ci-dessous, le taux de risque de pauvreté, calculé sur base des revenus moyens de 2013 (voir encadré), atteindrait près d’un Bruxellois sur trois ! Cette situation de précarité grandissante expose particulièrement les femmes et leurs enfants, à la position sociale déjà fragile.

 

Source : rapport bruxellois sur l’état de la pauvreté 2015 (Observatoire de la santé et du social de Bruxelles)

 

En matière de services d’aide, NASCI fonctionne autour de cinq grands piliers, de la fourniture de matériel au gardiennage en passant par l’encadrement pédagogique. Dans les larges sous-sols du bâtiment, une petite équipe de bénévoles s’active chaque jour à trier et ordonner les centaines de vêtements, chaussures et articles divers à destination des mamans. Parmi elles, Joceline fut l’une des premières à intégrer le centre après en avoir été l’une des bénéficiaires lors de son arrivée en Belgique, alors qu’elle était enceinte de son deuxième enfant. Voici son histoire.

La confiance sinon rien

«Quand les mamans viennent ici pour chercher soit du matériel ou profiter des lieux, elles peuvent nous partager leurs histoires et leurs problèmes, de manière à ce qu’on puisse bien les conseiller et les orienter, témoigne Aline, jeune éducatrice à NASCI depuis un an. C’est évidemment important qu’elles nous donnent un feedback de leurs démarches avec d’autres organisations. En fin de compte, nous sommes là pour donner une petite tape dans le dos et c’est ensuite à elles de se responsabiliser.»

Une étape en quelque sorte inévitable, car l’aide fournie par NASCI, si elle est totalement gratuite, n’est pas illimitée dans le temps. Chaque maman doit donc au terme de sa période au sein de l’accueil, qui dépendra des cas, accepter de «voler de ses propres ailes» et devenir, selon les mots de la directrice, «des ambassadrices de bonne volonté et la meilleure maman du monde pour leurs enfants».

 

Qu’est-ce que le taux de risque de pauvreté ?

D’une manière plus théorique, le taux de risque de pauvreté se calcule sur base du pourcentage de la population (personnes) vivant dans un ménage dont le revenu total est inférieur à 60% du revenu total par ménage au niveau national. Si les chiffres du graphique précédent sont le reflet d’une partie majeure de la population belge, une certaine portion de personnes échappe encore à ce type de  recensement statistique, dans le cas de familles ou d’individus en situation irrégulière ou de sans-abris. 

 

Le lockdown en invité surprise

Hasard malheureux de l’actualité, notre aventure Belgodyssée aurait pu tourner court avant même de commencer ! Le week-end qui a précédé les premiers reportages de terrain, tombait la nouvelle de la hausse maximale du niveau de sécurité et le fameux lockdown qui paralysa en partie Bruxelles. Un chamboulement dont NASCI  a également fait les frais. Sur une vingtaine de mamans et d’enfants qui d’habitude viennent passer du temps au centre d’accueil, seules quelques unes nous ont gratifié de leur présence au grand dam des éducatrices pour qui la journée a dû paraître plus longue que prévu. D’après renseignement, si l’absence de métros explique en grande partie cette situation inédite, la crainte d’être contrôlé en pleine rue par les forces de l’ordre dissuaderait plus d’une maman à se déplacer autrement qu’en transports en commun. Si prendre le métro ou le tram permet sans doute de se fondre dans un certain anonymat, arpenter les rues publiques s’avère être une autre paire de manches. 

 

 

Chaque semaine pendant deux mois, un étudiant en journalisme sélectionné pour le concours de la Belgodyssée propose un reportage sur les nouvelles formes de solidarité. Guillaume Alvarez-Diaz a rencontré les responsables d'une ASBL bruxelloise, NASCI, qui vient en aide à de jeunes mamans en précarité. Il a travaillé en binome bilingue avec Delphine Vandenabbeele. N'hésitez pas à laisser vos commentaires sur son travail.

Guillaume Alvarez-Diaz, Theux

Bruxellois depuis cinq ans mais campagnard depuis toujours, j’ai découvert tout jeune qu’un circuit de course existait sur la colline d’en-face. Une fois piqué par le virus, je me suis longtemps pris pour Tintin avant de découvrir l’écriture et les médias dans les studios de l’IHECS. L’avenir nous dira si le choix était bon, mais d’ici là j’espère avoir sur ma route autant de projets comme celui de la Belgodyssée, du genre après lequel on courT sans hésitation. Une ambition future ? Rythmer passion(s) et métier tout en faisant un travail que vous jugerez correct…

 

 

Les reportages radio des candidats de la Belgodyssée, c'est chaque samedi sur VivaCité, dans l'émission "Grandeur nature" d'Adrien Joveneau, de 15h à 17h.

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