"Sourd et alors?": travailler comme tout le monde

Laurent Duquesne (Velaines) est architecte et conseiller en accessibilité et professeur en langue des signes. Il participe à cette campagne de l’Apedaf. EdA

Avocate, architecte, enseignante, post-doctorante... Ces profils ont tous un point commun: il est écrit "sourd" sur leur CV.

 

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Dans le cadre des activités d’éducation permanente, l’Association des parents déficients auditifs francophones (Apedaf) mène jusqu’à la fin de l’année une campagne citoyenne sur le thème "Sourd et alors ? Je choisis mon emploi".

Cette campagne explore la thématique de l’accès au monde du travail pour les personnes sourdes et malentendantes. L’objectif ? Accompagner les parents d’enfants sourds et malentendants dans leurs questionnements. Mais également informer et conscientiser le grand public et les employeurs afin de leur montrer que les personnes sourdes et malentendantes exercent des professions variées et sont épanouies dans leur environnement de travail.

Tôt déjà, tous les enfants rêvent à leur future profession et se projettent dans différents métiers. De leur côté, les parents sont un jour ou l’autre également amenés à se poser des questions sur l’avenir de leur enfant et, principalement sur leur avenir professionnel.
Ces mêmes questions peuvent revêtir une dimension particulière pour les parents d’un enfant sourd ou malentendant. La surdité de mon enfant va-t-elle être un frein à son développement professionnel ? Les sourds peuvent-ils prétendre à tous types de professions? Comment pourrait-il se former de manière adéquate avec sa surdité ?

"Le but l’Apedaf est de favoriser l’épanouissement des enfants sourds et malentendants et de leurs familles. Il est important pour ces familles d’avoir la possibilité d’imaginer un avenir au sens large pour leurs enfants, ce qui consiste également à envisager un projet professionnel. De plus, il est essentiel pour un enfant sourd ou malentendant de pouvoir se projeter dans l’avenir en rêvant à sa future profession. Au-delà de tous rêves, il est surtout important pour ces enfants d’avoir concrètement accès à la profession de leur choix, une fois le moment venu. C’est pourquoi à travers cette campagne, nous souhaitons présenter les sourds et les malentendants comme des professionnels de qualité, au même titre que les entendants. En effet, un sourd ou malentendant a les mêmes capacités intellectuelles qu’un entendant. La surdité n’est pas un frein à un épanouissement professionnel !"

Les personnes sourdes et malentendantes sont encore beaucoup trop souvent assimilées à une catégorie de personnes qui ne peuvent pas travailler comme tout le monde. Ou alors, à une catégorie de personnes cantonnées aux métiers manuels. 

"Sur le site internet de l’Apedaf", continue Louis Everaert, responsable de l’antenne tournaisienne de l’association, "on trouve quelques profils tout à fait étonnants : une avocate sourde assistante d’unif à Liège, une sourde PH en anthropologie du département “ Deaf studies ” de l’université de Bristol actuellement postdoctorante en Allemagne, le parcours de Laurent, un architecte sourd de Velaines, enfin un tas d’expériences humaines, et surtout, dans les témoignages des difficultés… En réalité, des parcours de combattants loin d’être accessibles à tous les élèves sourds… Des parcours dont nous nous réjouissons évidemment, mais qui dissimulent bien des défauts à l’accueil autour de l’intégration inclusive."

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Grâce aux nouvelles technologies

"Mon parcours d’intégration a été difficile", confie Laurent Duquesne (Velaines). "Pourquoi ? J’ai éprouvé des difficultés à la fois sur le plan de l’apprentissage mais également sur le plan de la communication. Heureusement, durant mes études secondaires, j’ai pu partager des moments avec d’autres sourds car nous étions dans la même école. Ça m’a permis de prendre confiance en moi et d’affronter le regard des autres. C’est grâce au soutien de ma famille et à la compréhension des aides pédagogiques et des interprètes que j’ai pu réussir."

"Au niveau du parcours professionnel, d’autres difficultés sont apparues. Trop souvent, lors de réunion avec les intervenants sur un chantier, il n’est pas toujours facile de suivre les conversations. Je suis alors obligé de demander qu’une seule personne s’exprime à la fois. Je dois aussi demander aux gens de répéter. La demande d’interprète en langue des signes ne se fait que rarement."

"En ce qui concerne les appels téléphoniques, heureusement qu’il y a les nouvelles technologies. Ça m’a aidé à nouer les contacts avec des entrepreneurs et des clients. La seule difficulté rencontrée, c’est que certains entrepreneurs ne réagissent pas à ma demande par email et je dois donc faire appel aux personnes de mon entourage pour le contacter directement par téléphone. En effet, beaucoup d’entrepreneurs préfèrent les conversations orales afin de résoudre les problèmes de chantier assez rapidement."

 

Deux antennes en Wallonie

L’Association des parents déficients auditifs francophones, communément appelée Apedaf, est une ASBL qui défend depuis 1978 la cause des parents et des familles d’enfants sourds et malentendants en Belgique francophone. Depuis sa création il y a 38 ans, l’Apedaf a pour objectif l’épanouissement de l’enfant sourd et malentendant et de sa famille. Elle y contribue à travers trois axes d’action : le soutien parental (qui s’articule autour de divers projets, tels que l’aide sociale et le soutien psychologique aux parents, le service de parents-relais, les rencontres familiales, les mini-conférences ou encore les colloques) ; le soutien pédagogique de l’enfant sourd et malentendant dans l’enseignement ordinaire (plus de 50 enfants sont suivis par l’Apedaf en Fédération Wallonie-Bruxelles) ; et la sensibilisation du grand public.

Le siège social de l’Apedaf se trouve à Bruxelles mais l’ASBL a également deux antennes en Wallonie : une à Tournai et une à Grand-Leez.