POLÉMIQUE

Safe rooms: «Arrêter l’hystérisation»

Safe rooms: «Arrêter l’hystérisation»

Mayeur critique Milquet qui critique Mayeur qui critique Milquet. Qui se fait tacler par le monde de l’enseignement…

L’idée d’installer des «safe rooms» dans les écoles (lieux de confinements en cas de danger) laisse tout le monde pour le moins perplexe. A commencer par le bourgmestre de Bruxelles, Yvan Mayeur:

« Il faut éviter l’hystérisation, rester raisonnable, travailler avec les gens dont c’est le métier et ne pas improviser des mesures dont on ne peut imaginer la première seconde qu’on puisse les appliquer», estime-t-il. «Nous n’allons pas construire des bunkers dans les écoles. Nous n’avons pas le premier cent pour ça. Donc il ne faut pas venir avec des propositions qui n’ont pas de sens.»

Selon lui, l’idée de Milquet vient d’une note technique de la zone de police de Bruxelles.

«Mais cette note n’a jamais été validée par le conseil de zone ni par le collège communal», assure Mayeur.

Milquet aurait donc utilisé une note reçue en tant que….conseillère communale de l’opposition à la ville de Bruxelles pour la ressortir en tant que ministre de l’Education. «Où elle se prend pour le ministre de l’Intérieur», dit une source bruxelloise. «Il faut qu’elle reste raisonnable dans une situation particulièrement tendue», ajoute cette source.

La réaction de Mayeur a eu le dos de braquer encore uin peu plus Joëlle Milquet qui argumente:

«Le fait de recommander dans des plans de prévention de repérer des lieux plus sécurisés dans des bâtiments est une mesure professionnelle de prévention classique qui a été recommandée par la police de Bruxelles à toutes les écoles de la ville de Bruxelles il y a quelques jours sous le nom de “ safe room ” et la ministre française Najat Vallaud-Belcacem sous le nom de “ pièces de confinement ” », précise-t-elle.

«La suggestion précise de prévoir des “ safe room ” est clairement recommandée par la zone de police de Bruxelles et a été envoyée officiellement à toutes les écoles de la ville de Bruxelles il y a quelques jours», ajoute la ministre, furax.

«Et pourquoi pas des abris anti-atomiques»?

Les acteurs de l’école ont, eux aussi exprimé mardi leurs doutes, voire leurs critiques sévères, envers la proposition de Milquet.

Dans le contexte de menace terroriste actuel, pareille proposition est «infinançable» et relève de la «spirale loufoque», selon Roberto Galluccio, administrateur-délégué du CPEONS, la fédération des pouvoirs organisateurs des écoles secondaires communales et provinciales.

« Pareille proposition ne fait qu’alimenter le climat de peur, et le fait monter dans les écoles. On pousse le climat de peur à l’extrême!», fusille-t-il.

Or, «l’école doit être un lieu de sérénité et d’apprentissage, et pas d’hyperprotection. Il ne faut pas en rajouter une couche! Pourquoi ne pas construire des abris anti-atomiques dans les écoles tant qu’on y est!».

«Le mieux: retourner tout de suite à la routine»

Pour Bernard Rimé, Chercheur à l’Institut de recherche en sciences psychologiques de l’UCL, la «safe room» est le meilleur moyen d’augmenter l’anxiété des enfants qui reprendront le chemin de l’école ce matin.

«Il n’existe aucune raison spécifique de mettre en place de tels lieux» explique le spécialiste des émotions. «Ce n’est pas comme aux USA: on n’est pas confronté à des faits qui justifient ça. Cette mesure ne peut servir qu’à accroître l’angoisse des enfants qui vont se dire que si on fait une safe room, c’est qu’il y a un danger».

Ne pas exacerber l’inquiétude des gosses, fort bien. Mais on les rassure comment?

«Il faudra dès la première heure prendre la température et voir dans quel état d’esprit ils sont estime Bernard Rimé mais attention: car trop parler comporte également un risque de cercle vicieux et accélérer le processus d’angoisse. Il faut donc manier la parole avec prudence. On peut laisser parler les enfants, mais exprimer les émotions peut aussi réalimenter l’inquiétude. Si on les fait s’exprimer, il faut encadrer la conversation. et ça, c’est le boulot de spécialistes, de professionnels. Faire cela sans être habiliter peut avoir l’effet inverse à celui recherché».

La solution: remettre les deux pieds dans la réalité au plus vite.

«Le mieux, c’est de retourner à la routine quotidienne, aux petits problèmes de l’école. Les écoles ne sont pas visées, il y a peu de chances qu’un attentat les frappe. Il faut donc reprendre la vie ordinaire. La routine, c’est le meilleur moyen de rassurer les élèves.» conclut Bernard Rimé.¦