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Mithra se défend d’avoir censuré Médor… avec de drôles d’arguments

Mithra se défend d’avoir censuré Médor… avec de drôles d’arguments

Médor estime avoir été censuré, Mithra s’en défend. BELGA Éric LALMAND

La société Mithra explique par voie de communiqué ne pas avoir censuré le trimestriel Médor. Avec des justifications qui laissent perplexe.

La lecture du communiqué de presse envoyé par la S.A. Mithra Pharmaceuticals, ce jeudi soir, vaut son pesant de cacahuètes. Cette société liégeoise spécialisée dans la santé féminine s’est en effet retrouvée sous le feu des critiques, après être parvenue à faire temporairement interdire la sortie du premier numéro de Médor, nouveau trimestriel consacré à l’investigation journalistique.

Pour rappel, suite à une requête de Mithra, le tribunal de première instance de Namur a fait interdire la sortie du premier numéro de Médor ce jeudi, sous peine d’une astreinte de 500 euros par heure de retard et par infraction constatée.

L’article dont il est question est signé par le journaliste David Leloup et s’intitule «Le risque financier que Mithra n’a pas déclaré à la FSMA». Une première partie de l’article était publiée sur le site de Médor le 12 novembre, la suite étant à découvrir dans l’édition papier, dont la sortie a été provisoirement interdite.

Cette interdiction a rapidement été qualifiée de «censure» par Médor et par la profession journalistique. C’est de la sorte qu’est en tout cas perçue cette décision prise par le pouvoir judiciaire. Une audience contradictoire, durant laquelle David Leloup pourra faire valoir ses arguments, est fixée au 24 novembre.

Mithra n’a pas censuré Médor, vraiment?

En cherchant à empêcher la diffusion et la publication de l’article, Mithra et son CEO François Fornieri ont en tout cas récolté l’effet inverse que celui escompté, en écornant l’image d’une société liégeoise souvent dépeinte comme une exemple success-story wallonne.

La S.A. Mithra Pharmaceuticals s’est fendue d’un communiqué ce jeudi soir, histoire d’éteindre l’incendie. Les arguments invoqués surprennent. «Mithra Pharmaceuticals n’a pas censuré Médor», affirme le communiqué, juste avant de détailler la manière avec laquelle la société a cherché durant plusieurs jours à empêcher la diffusion de l’article. Formellement, puisqu’une partie de l’article avait déjà été publiée sur internet, ce n’est pas de la censure. Mais le principe n’y est-il pas?

L’article de David Leloup «portait des accusations extrêmement graves et inexactes à l’encontre de Mithra Pharmaceuticals» avance le communiqué. La société a le droit de se défendre, évidemment.

Mithra a «mis Médor en demeure de retirer l’article»

Dès la publication d’une partie de l’article sur internet, «Mithra Pharmaceuticals a mis Médor et Monsieur Leloup en demeure de retirer cet article». Face au refus de Médor, le 16 novembre, «Mithra Pharmaceuticals a réitéré sa demande circonstanciée de suppression de l’article du site internet. Cette seconde mise en demeure n’a pas été suivie de réaction de la part de Médor». La société s’est donc dite «contrainte» (sic!) de saisir la justice.

Chacun appréciera donc la manière avec laquelle la société liégeoise se défend d’avoir «censuré», tout en reconnaissant volontiers avoir «mis en demeure de retirer l’article».

Société cotée en bourse? Pas touche…

Parce qu’il s’agit bien de peser tous ses mots, lorsqu’on est coté en bourse. C’est là que se situe le risque pour Mithra. «Le caractère extrêmement grave et inexact des accusations contenues dans l’article ainsi que ses conséquences particulièrement dommageables pour une entreprise cotée telle que Mithra Pharmaceuticals justifiaient une telle mesure», assure le communiqué.

Un risque d’ordre économique – financier, plutôt – justifierait donc l’interdiction de publier un article. C’est évidemment une conception particulière de la liberté de la presse. Puisqu’il investit et crée de l’emploi en Wallonie, puisqu’il mise sur sa réputation chaque jour en bourse, un acteur économique doit-il être épargné de telles investigations journalistiques?

Que, sur le fond, Mithra conteste des éléments compromettants avancés par le journaliste n’a rien de problématique. Qu’il cherche à en interdire la publication, selon l’AJP, revient à «activer à sa guise une censure de presse au terme d’une procédure expéditive jusqu’à présent très exceptionnelle dans notre pays». Enfin, l’effet escompté sera passé à la trappe: sur le plan de l’image, le trimestriel Médor réussit pour sa part un joli coup.

Le communiqué de Mithra

MITHRA PHARMACEUTICALS N’A PAS CENSURÉ MÉDOR

Liège, Belgique, 19 novembre 2015 – Information réglementée – À la suite des sorties récentes dans la presse au sujet de l’affaire opposant Médor à Mithra Pharmaceuticals, celle-ci désire apporter certaines précisions.

Le 12 novembre 2015, un article rédigé par Monsieur David Leloup et intitulé «Le risque financier que Mithra n’a pas déclaré à la FSMA» a été publié sur le site internet de Médor.

Cet article portait des accusations extrêmement graves et inexactes à l’encontre de Mithra Pharmaceuticals, en manière telle que, le jour même, Mithra Pharmaceuticals a mis Médor et Monsieur Leloup en demeure de retirer cet article.

Le 13 novembre 2015, Médor a déclaré maintenir l’information sur son site internet.

Le 16 novembre 2015, Mithra Pharmaceuticals a réitéré sa demande circonstanciée de suppression de l’article du site internet.

Cette seconde mise en demeure n’a pas été suivie de réaction de la part de Médor.

Mithra Pharmaceuticals a donc été contrainte d’introduire une requête unilatérale le 17 novembre 2015 en vue d’interdire d’urgence, temporairement et dans l’attente d’une décision contradictoire, la publication ou la diffusion de l’article litigieux, sous quelque forme que ce soit, sous peine d’une astreinte de 500€ par heure de retard et par infraction.

À cette date, Mithra Pharmaceuticals n’avait pas et ne pouvait pas avoir connaissance du contenu de la revue Médor qui ne sortirait que le lendemain.

Il a été fait droit à la demande de Mithra Pharmaceuticals par une ordonnance du 18 novembre 2015 rendue par le président du tribunal de première instance de Namur.

Le caractère extrêmement grave et inexact des accusations contenues dans l’article ainsi que ses conséquences particulièrement dommageables pour une entreprise cotée telle que Mithra Pharmaceuticals justifiaient une telle mesure, les cours et les tribunaux n’accordant d’ailleurs celle-ci qu’avec la plus grande circonspection.

Dès lors que Mithra Pharmaceuticals ne tente pas d’esquiver le débat contradictoire, une citation en référé en vue d’introduire un débat contradictoire a été signifiée à Médor et Monsieur Leloup le 18 novembre 2015, en même temps que l’ordonnance unilatérale du même jour.

Alors qu’elle avait reçu deux mises en demeure circonstanciées en vue de supprimer l’article litigieux de son site internet, Médor a néanmoins décidé, sous sa propre responsabilité, de publier la revue Médor dès le 18 novembre 2015 et ce, en reproduisant tel quel l’article publié quelques jours plus tôt sur son site, en manière telle que cette diffusion est également interdite par l’ordonnance du 18 novembre 2015.

Mithra Pharmaceuticals compte bien entendu mener le débat sereinement devant le tribunal.