L’ÉDITO PAR CATHERINE ERNENS

La contrepartie

La contrepartie

EdA - Jacques Duchateau

Molenbeeck est aujourd’hui immolée sur l’autel de la culpabilité médiatique et politique. À deux kilomètres de la plus belle Grand-Place au monde, celle de Bruxelles, grouillerait donc le monstre immonde, celui du Mal absolu incarné par les djihadistes.

Voilà qui est emballé, pesé et catapulté à la tête du monde entier. La plaque qui ferait tourner tous les djihadistes est là, dans la commune où le shérif socialiste Philippe Moureaux, a fait la loi, ou pas, durant tant d’années. Dans la commune dirigée aujourd’hui par la libérale Françoise Schepmans. Le monde entier, ou au moins la presse française, est venu mettre ses objectifs et caméras dans la place.

La nature humaine a horreur du vide. Quand l’insensé se produit, et des attentats sont de cet ordre, il faut une réponse. La désespérance est immense. Le vide est vertigineux. Bernard Rimé, spécialiste des émotions collectives à l’UCL, expliquait dans nos éditions de lundi que face à un événement dramatique, deux attitudes se mettent en place: la résilience collective ou la mécanique du bouc émissaire. L’alternative existe. Le résultat de ce choix, est très différent. La résilience nous rendra plus humains dans le partage de nos blessures, de nos questions, de nos émotions. La communion fraternelle face à l’absurdité est un antidote miraculeux. La résilience passe aussi par une compréhension de ce qui s’est passé, c’est-à-dire par une rencontre avec des réalités que nous connaissons peu ou mal, en l’occurrence l’Islam et ses dérives aveugles et sanglantes.

L’autre option, celle de la croisade justicière fera de nous, au contraire, des carnassiers guettés par l’aigreur et remplis de haine, tançant le bouc émissaire de se saigner jusqu’à la dernière goutte.

Alors? On retient les mots de l’anthropologue français, vivant aux États-Unis, et mort ce 4 novembre. René Girard écrivait ceci: «Il n’est pas raisonnable de toujours se lamenter sur notre propension à la violence sans voir la contrepartie positive de notre condition. La fragilité et la mobilité de nos rapports sont le fondement indispensable non seulement du pire dans notre humanité, mais du meilleur. Si nos rapports ne pouvaient se détraquer, ils ne pourraient pas non plus se raccommoder.»