FOOTBALL

Wembley en bleu-blanc-rouge, frissonnante Marseillaise (Photos et vidéo)

L’Angleterre et Wembley se sont parés de bleu-blanc-rouge pour le match amical contre la France ce mardi soir. Dans un contexte tendu et ému quatre jours après les attentats de Paris, une Marseillaise historique a résonné dans le mythique stade pour un vibrant hommage du public aux victimes.

Après ces attaques qui ont visé Paris et le Stade de France (au moins 129 morts en tout), la volonté de continuer à jouer au foot n’a pas pu être maintenue partout en Europe. Notamment à Hanovre, où la rencontre prévue mardi soir entre l’Allemagne et les Pays-Bas a été annulée à peine plus d’une heure avant son coup d’envoi, «pour raisons de sécurité» selon la police qui n’a pas donné de précision.

C’est la deuxième rencontre à être annulée, après celle qui devait opposer la Belgique et l’Espagne à Bruxelles. C’est en Belgique que les attentats ont été «organisés», avait déclaré lundi le Président français François Hollande, et la police belge est toujours à la recherche du principal suspect, Salah Abdeslam, qui «pourrait être lourdement armé».

A Wembley, les Anglais avaient prévu de transformer cet Angleterre-France en un instant solennel de recueillement et de souvenir. L’émotion était à son comble au moment des hymnes. Depuis samedi, les médias d’Outre-Manche, même les bastions du patriotisme pur et dur comme The Sun et The Daily Mirror, encouragaient leurs compatriotes à apprendre les paroles de «la Marseillaise» pour afficher ainsi leur solidarité.

Et cela a donné lieu à un magnifique moment d’émotion:

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Pour cette rencontre qui n’aura jamais autant été amicale, toute l’Angleterre a mis de côté son antagonisme sportif vis-à-vis de la France, pour exprimer sa solidarité et transformer ce match de foot en un instant solennel de recueillement et de souvenir.

Ainsi, en présence du Premier ministre britannique David Cameron, le protocole d’avant-match a exceptionnellement été modifié et l’hymne du pays-hôte, God Save The Queen, a été joué en premier.

Avant les hymnes, le Prince William et les deux sélectionneurs Didier Deschamps et Roy Hodgson avaient déposé chacun une gerbe de fleurs sur le bord de la pelouse.

Par la suite, une minute de silence a été observée, joueurs des deux équipes et arbitres mélangés autour du rond central. Les visages étaient particulièrement marqués, notamment celui de Lassana Diarra, endeuillé par la perte de sa cousine Asta Diakite.

Chaque joueur portant un brassard noir, le match a pu enfin débuter.

Dispositif de sécurité renforcé

En attendant le match, Wembley s’était mis aux couleurs bleu-blanc-rouge, comme de nombreux monuments à travers le monde, et la devise de la République française, Liberté, Egalité, Fraternité, s’affiche en grand sur sa façade.

A événement exceptionnel, mesures exceptionnelles: la rencontre, à laquelle assistent notamment le Premier ministre britannique David Cameron et le Prince William, président d’honneur de la Fédération anglaise (FA), est entourée d’un dispositif de sécurité draconien. Des policiers armés patrouillent autour du stade et les fouilles aux entrées ont également été renforcées.

Dès lundi à l’entraînement des équipes, des forces de l’ordre portant des gilets pare-balles et des armes automatiques étaient visibles à l’intérieur de Wembley, une présence rarissime dans les stades de football anglais.

Les autorités locales ont bien conscience que le Stade de France a clairement été pris pour cible vendredi par les kamikazes qui ont tenté d’y pénétrer lors de la réception de l’Allemagne (2-0) avant de se faire exploser à l’extérieur.

MISE A JOUR | Sur le plan sportif, ce match s’est soldé par une défaite 2-0 des Bleus. Les buts anglais ont été inscrits par Dele Alli (39e) et Wayne Rooney (48e).

Reportage avant le match: leçons de Marseillaise, apaisement et bonne humeur autour de Wembley

Dans la bonne humeur et la sérénité malgré les attentats sanglants de vendredi, les supporteurs français ont investi mardi Wembley, prêts à s’époumoner pour apprendre la Marseillaise à ces Anglais désireux de la chanter, lors du match amical entre les deux nations placé sous le signe de la solidarité.

«Je vais chanter l’hymne, assure ainsi Badrul, un touriste malaisien. Mais j’ai essayé d’apprendre la prononciation et ce n’est pas facile. Je l’ai téléchargée sur mon téléphone, je vais faire de mon mieux. C’est important de le faire pour montrer la solidarité du reste du monde. Je suis musulman mais je ne soutiens pas Daech.»

Devant lui, comme prévu, l’enceinte mythique se dresse illuminée aux couleurs Bleu-Blanc-Rouge, avec la devise de la République «Liberté, Egalité, Fraternité» inscrite sur le fronton.

Devant, deux hommes marchent côte-à-côte, enroulés dans des drapeaux. L’un bleu, blanc, rouge, l’autre avec la Croix de Saint-George.

Malgré la gravité de l’instant, l’ambiance n’en est pas moins légère chez les amateurs de football qui ont encore en tête tous les témoignages de compassion que les Anglais leur ont adressés depuis quatre jours, suite aux attaques qui ont coûté la vie à 129 personnes à Paris et Saint-Denis.

Les alentours ressemblent ainsi à ceux de n’importe quel stade avant un match, avec ses vendeurs au noir ou ses boutiques de restauration.

«Thank You England»

«Il n’y a pas de peur chez ceux qui sont là aujourd’hui, assure Christian, drapeau tricolore au vent. Au contraire, on avait encore plus l’idée de venir. Surtout quand on voit la façon dont on a été accueilli. Je ne vois pas pourquoi on devrait cacher nos couleurs, mais aujourd’hui plus qu’un autre jour on veut les montrer.»

Autour de lui, quelques policiers en gilet jaune, l’air soucieux et légèrement armés, inspectent une poubelle. Le dispositif est renforcé, mais reste néanmoins discret pour n’affoler personne.

Un peu plus loin, une Marseillaise spontanée retentit et un regroupement se forme sous le regard d’Anglais qui prennent des photos ou proposent de tirer le portraits du groupe.

«Soyons unis, l’union fait la force, Thank You England, Thank You the world», proclame la pancarte d’un des chanteurs tandis que le parvis a été envahi par des nuées de micros et de caméras.

«On ressent beaucoup de fraternité, de la compassion. Des gens viennent nous voir. On nous a beaucoup arrêté pour chanter la Marseillaise aujourd’hui et un journaliste anglais l’a même chantée avec nous. On nous a incité à être encore plus dignes que d’habitude, de faire des efforts pour ne pas se faire remarquer négativement», poursuit Christian.

«Il y a un match ce soir?»

«Quand on dit qu’on est Français, je trouve que les gens sont plus souriants que quand je suis venue il y a un mois», apprécie pour sa part Hélène.

Lorsque des pétards retentissent à côté, personne ne bronche, pas même une mère avec sa poussette. Au contraire, des Anglais continuent de dire «bonjour» à tous les Français qu’ils croisent.

«On a eu des arrières-pensées, à cause des enfants, mais on a décidé de venir pour afficher notre soutien et montrer que rien ne pourra nous battre», déclarent encore Michelle et Brian, du Kent.

«On a appris la Marseillaise à l’école, on va essayer», clament en choeur leurs trois enfants.

«Je veux que mes enfants voient la solidarité, que les Français peuvent se sentir partout en sécurité», poursuit Kamal, habitant français de Londres lui aussi accompagné de son fils et de sa fille.

«Moi je veux qu’on gagne», le coupe Sophia, dix ans.

«En fait, notre seul souci, c’est qu’ils annoncent une tempête en bateau pour le retour», s’amuse encore Hélène, qui doit regagner Dunkerque ensuite.

«Il y a un match ce soir?», l’interrompt alors, capuche sur la tête et écouteurs aux oreilles, un jeune Anglais qui est vraisemblablement le seul sur place à ne pas réaliser ce qui se joue sous ses yeux.