ELISE FERON (2/8)

Insolite: la solidarité de seconde main

Insolite: la solidarité de seconde main

Marie-Thérèse est l’une des figures de proue de l’ASBL Corvia. C’est elle qui gère la "garde-robe ouverte". Elise Feron

S’habiller sans payer mais en rendant service, c’est le dernier projet de l’ASBL bruxelloise Corvia.

Chaque semaine pendant deux mois, un étudiant en journalisme sélectionné pour le concours de la Belgodyssée propose un reportage sur le thème des nouvelles formes de solidarité. Découvrir le candidat de la semaine.

Ils sont plusieurs sans-abris et personnes précaires à passer régulièrement la porte de Corvia, à Schaerbeek. Ils viennent pour discuter avec les bénévoles, prendre un café, tout en examinant le contenu des rayons de la «garde-robe». Si ces vêtements ont été donnés, ils ne sont pas gratuits pour autant, comme s’en aperçoivent les derniers arrivants.

Echanges de bons procédés

«En échange des vêtements qu’ils trouvent ici, on leur demande ce que nous appelons une "réciproque". Ils peuvent distribuer de la nourriture aux sans-abris, ou encore donner des cours de danse, nettoyer le frigo… c’est eux qui décident de ce qu’ils veulent faire», explique Aline Duportail, l'une des gérantes du centre.

Laetitia a découvert Corvia une semaine plus tôt via un ami. Elle examine en détail les piles de vêtements, intéressée mais pas encore très sûre. «Pour le moment, je voudrais trouver un pantalon, donc je vais peut-être jeter un coup d’œil.» Finalement, elle repassera le lendemain, mais pas longtemps parce qu’elle tient à aller à son «Carrefour Spirituel», un rendez-vous dans un centre où elle se sent libre de parler de tout. «Mais c’est génial, c’est pour nous ça!», enchaîne immédiatement Aline Duportail. «Ça pourrait même être une "réciproque", tu pourrais discuter et aider les autres qui viennent ici avec un "Carrefour spirituel.» Une idée qui semble plaire à Laetitia, même s’il lui faudra peut-être apprendre à mieux connaître les membres de l’ASBL avant de se lancer.

Survie sociale

D’autres, comme Sami, connaissent Corvia depuis longtemps. «Pour moi? c’est formidable ce qu’ils font ici. J’ai une pension d’un peu plus de 900€, et un loyer de 600€, sans parler des charges. Ça ne me laisse pas beaucoup pour vivre, enfin survivre.» Il vient ici aussi bien pour discuter autour d’un café que pour les vêtements.

«Là j’ai trouvé des chaussures et un pull, et je me suis engagé à aller distribuer des cafés dans des homes quand ils me le demanderont». Ce sera sa "réciproque" quand l’ASBL en aura besoin. En attendant, il savoure un café et une cigarette en papotant avec Marie-Thérèse, autre bénévole. Marie Thérèse est l’une des figures de proue de Corvia, et d’une grande générosité avec ceux qui rentrent ici.

Les liens tissés au travers des échanges et des "réciproques" sont particulièrement importants, plus encore que les dons de vêtements. Ils assurent la survie sociale de personnes souvent seules, et renforce le sentiment et le réseau d’entre-aide et de solidarité les uns envers les autres.

 

Pauvreté et solitude: l'enquête

Une enquête menée au niveau européen met en évidence les conséquences de la pauvreté sur l’isolation et la solitude des personnes. Réalisée en 2013, elle interrogeait toute personne d’au moins 16 ans, situées au-dessus et en dessous du seuil de pauvreté. En Belgique, les personnes en situation de pauvreté sont deux à trois plus nombreuses que les autres à déclarer n’avoir personne vers qui se tourner pour parler de leurs problèmes ou demander de l’aide. Cette enquête étant basée sur les revenus des personnes interrogées, cela exclut une partie de la population (personnes sans emploi, sans abris, etc.).  

 

L'inclusion plutôt que l'exclusion sociale

Le local de Corvia est situé boulevard Lambermont, à Schaerbeek. Au premier regard, rien dans ce quartier ne laisse imaginer les situations de précarité de ceux qui franchissent le pas de la porte de l’ASBL. «C’est d’ailleurs difficile pour certains d’oser venir jusqu’ici et rentrer dans l’allée. Ça fait un peu partie de l’exercice pour eux aussi», explique Aline Duportail. L’inclusion plutôt que l’exclusion sociale est le premier objectif de l’ASBL.

Le système des «réciproqueS» y participe. La possibilité que les personnes ont de donner en retour est donc particulièrement importante. «Ce n’est pas facile de n’avoir d’autre choix que prendre ou demander, sans cesse demander», ajoute encore la gérante. C’est également une question de dignité.

 

 

Chaque semaine pendant deux mois, un étudiant en journalisme sélectionné pour le concours de la Belgodyssée propose un reportage sur les nouvelles formes de solidarité. S'habiller contre un service est le thème choisi par Elise Feron, qui a travaillé en binome bilingue avec Arne De Gryse. N'hésitez pas à laisser vos commentaires sur son travail.

Elise Feron, Tenneville
Originaire du fin fond (ou presque) des Ardennes, je viens de finir mes études en journalisme. La fin n’étant que le début de la suite, je prépare mes projets futurs entre jobs, cours de langue et la Belgodyssée. Je veux tout apprendre, donc j’ai choisi le journalisme où on s’intéresse à tout, et les langues étrangères, parce que ça permet de découvrir les gens autrement. Finalement, la Belgodyssée, c’était le parfait compromis.

 

Les reportages radio des candidats de la Belgodyssée, c'est chaque samedi sur VivaCité, dans l'émission "Grandeur nature" d'Adrien Joveneau, de 15h à 17h.


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