CHANSON

Rose voit la vie en « Pink Lady »

Quasiment dix ans après «La liste» et deux albums plus discrets, Rose est de retour avec un album plus mature, où elle s’affirme.

La Liste, vous vous souvenez? C’était il y a presque dix ans et ce morceau permettait de découvrir Rose – de son vrai nom Keren Meloul –, jeune chanteuse originaire de Nice et professeur des écoles. Après avoir sorti deux autres albums – Les Souvenirs sous ma frange (2009) et Et puis juin (2013) – qui connaîtront moins de succès (surtout le deuxième), la voici de retour avec Pink Lady, un album sur lequel elle chante les tracas de la vie (séparations, procrastination, égoïsme) sur des airs légers. Avec en prime un joli duo avec le bougon Jean-Louis Murat sur Pour être deux. Un Murat qui n’a pas été avare de compliments, d’ailleurs.

Vous aviez une idée précise de ce que vous vouliez avant de vous lancer dans l’écriture de ce quatrième album?

Non, pas vraiment. C’est au fil de l’écriture que s’est dégagé un fil rouge qui avait l’air de fonctionner: les difficultés d’être en couple. Il est donc beaucoup question d’amour, mais pas forcément entre un homme et une femme, mais plutôt d’amour de soi, d’ego, d’aimer sa propre vie.

Avec une volonté de casser l’image de Rose un peu lisse…

Oui, déjà rien qu’avec le nom de l’album, puisqu’avec le Pink, je trouvais que cela donnait déjà un côté plus punk (rires), ou un peu plus piquant. Je n’avais pas envie de pleurnicher.

Pink Lady, c’est aussi un cocktail. Une façon pour vous de souligner le travail d’équipe avec Pierre Jaconelli à la réalisation et l’écriture, Adrien Daucé, Loane Rathier…?

Oui, c’est vrai que cet album est un cocktail d’idées, de gens, de souvenirs… J’en avais ras le bol de tourner autour de moi-même, fouiller mes entrailles… J’avais l’impression de tourner en rond. J’ai donc eu envie de faire tout ce que je voulais quand je le voulais et de ne pas trop me creuser la tête comme sur le deuxième et le troisième… Et si je ne trouvais pas, je ne me suis pas privée d’aller voir quelqu’un… C’est donc un album fait à plusieurs mains.

Vous chantez en duo avec Jean-Louis Murat sur «Pour être deux». Comment est née cette chanson?

Le texte était très différent de ce que j’écrivais d’habitude. Loane Rathier a travaillé sur la musique et quand j’ai envoyé la chanson à Jean-Louis, il a dit oui tout de suite. Je crois que cela lui plaisait d’être dans le rôle de l’homme qui est quitté. Bon, après, avec un peu de misogynie, il a dit que c’était la première fois qu’il voyait une chanson de fille torchée comme la mienne (rires). J’en suis fière, car je pense que j’ai une mentalité d’hommes. Je n’ai pas – ou plus – ce côté romantique. J’ai beaucoup plus peur de l’engagement.

J’ai vu que vous aviez notamment pensé à Marc Lavoine pour la chanter. Il y en a eu d’autres?

J’en avais parlé aussi à Thomas Dutronc, à Julien Doré… Mais quand je l’ai envoyée à Murat, je suis restée en apnée jusqu’à ce qu’il réponde, car je voulais que ce soit lui.

Dans «Je ne viendrai pas demain», qui clôture l’album, vous semblez décrier un peu les thérapies…

En fait, cet album a été écrit dans une période de psychanalyse… Et finalement, je me retrouve à écrire plus sur les constats et solutions que sur l’analyse elle-même. Et à un moment, il m’a semblé nécessaire d’arrêter cette thérapie.

L’an prochain, il y aura dix ans que «La liste» vous révélait au public. Quel bilan tirez-vous de ces dix ans?

Je constate que ma vie personnelle a été très mouvementée. Je construis plusieurs châteaux de carte. J’ai eu mille vies. Et dans ma carrière, j’ai l’impression que j’avance lentement mais sûrement. J’aime de plus en plus ce métier. Et cet album est selon moi le meilleur. C’est l’album du déclic, de l’ancrage dans le sol.

Rose, Pink Lady, Sony Music.