Un parterre de ministres, Charles Michel en tête a inauguré la nouvelle galerie. Qui est finalement un peu celle de… tous les Belges! BELGA

Elle a failli disparaître dans le naufrage Dexia! Mais la collection d’art belge de Belfius faitson grand retour. Et prend de la hauteur!

«Et dire qu’il y a trois ans, on était pratiquement obligé de la vendre! » C’est avec ce cri du cœur que Jos Clijsters, président du conseil d’administration de Belfius a inauguré officiellement, hier, la nouvelle «Belfius art gallery ». Et preuve que l’instant était important pour le pays tout entier, un vrai parterre ministériel avait fait le déplacement, Premier ministre en tête.

C’est que ce qu’on appelait encore voici peu la «collection Dexia », devenue Belfius ce n’est pas n’importe quoi. Avec ses 4 300 pièces, elle est la plus grande collection d’art belge du pays. Mieux, elle se place parmi les 100 plus importantes collections d’entreprise du monde. Un vrai morceau de patrimoine belge qui a pourtant failli être emporté et dispersé lors de la tourmente financière qui a touché le secteur bancaire.

Quartier nord

Depuis, l’État belge est devenu l’actionnaire unique de la banque et Belfius a quitté son siège du boulevard Pacheco pour réunir toutes ses activités place Rogier. «Quand nous avons déménagé, poursuit Jos Clijsters, nous nous sommes dit qu’il fallait réinvestir dans cette collection et lui donner plus de visibilité. Nous avons le souhait et la ferme intention de conserver cette collection en Belgique, et nous prenons toutes les mesures appropriées pour qu’il en soit ainsi.»

Et l’écrin aménagé pour accueillir une (toute petite) partie de la collection afin de la rendre accessible au public ne manque pas d’atouts. Située au 32e étage de la tour Belfius, avec vue imprenable sur le quartier nord de Bruxelles, la «Belfius art gallery » propose une soixantaine d’œuvres issues de la collection, représentatives de ses points forts.

Alechinsky, Fabre, Broodthaers

On y pénètre accueilli par de grands contemporains comme Alechinsky, Luc Tuymans, Jan Fabre et autres Marcel Broodthaers ou Jacques Charlier. Ils cèdent la place au meilleur de l’art belge entre 1860 et 1960 avec naturellement les plus grands noms tels Delvaux, Magritte, Ensor, Evenepœl, Claus… Enfin une salle sombre et réservée expose quelques grands maîtres flamands des XVIe et XVIIe siècles. On peut actuellement y découvrir le clou de cette collection, deux esquisses à l’huile, extrêmement rares de Rubens: L’enlèvement des Sabines et La réconciliation entre les Romains et les Sabins.

La galerie sera accessible au public deux samedis par mois entre le 17 octobre et le 19 avril 2016. La collection est également accessible à tous virtuellement.

Signe des temps, Belfius a aussi décidé de recommencer à investir dans l’art. Mais prudence, on ne touchera pas à l’argent des épargnants. La vente d’œuvres n’appartenant pas au cœur de la collection servira à financer les nouveaux achats. Il n’empêche, trois ans après la tempête, la résurrection de la collection Belfius, c’est aussi un signe économique.

Pour visiter la collection, il faut absolument s’inscrire à l’avance: www.belfius.be/art
 

La fusion de trois collections importantes

 
L’histoire de la «Belfius art collection » est intimement liée aux aléas de l’histoire bancaire belge et même européenne.

Cette collection résulte, de fait, de la fusion des collections de trois entités: le Crédit Communal, la banque Bacob et la banque Paribas Belgique (à ne pas confondre avec l’actuelle BNP-Paribas-Fortis).

Dès les années 60, tant le Crédit Communal que la filiale belge de la banque Paribas commencent à acquérir des œuvres d’art significatives du patrimoine artistique national, entre autres pour éviter le départ vers l’étranger de pièces maîtresses. Du côté du Crédit Communal, on investit surtout dans l’art depuis 1860. Paribas qui dispose d’hôtels de maître prestigieux et restaurés acquiert des œuvres du XVIe au XVIIIe siècle pour les meubler. Par la suite la banque va également s’intéresser aux expressionnistes belges.

La banque Bacob va, elle, entamer sa collection en 1980, en s’intéressant uniquement à l’art contemporain.

En 1997, Bacob prend une participation majoritaire dans le capital de Paribas Belgique (le groupe français se dégageait alors de certaines de ses filiales étrangères). La nouvelle entité prendra le nom d’Artesia. Et la collection artistique de Paribas rejoindra la collection Bacob.

En 2002, Dexia (ex-Crédit Communal) fait l’acquisition d’Artesia et l’absorbe… ainsi que ses deux collections artistiques. La future «Belfius art collection » était née.