RÉFUGIES

Aide aux réfugiés: 4 bénévoles vous disent ce qu’ils attendent de vous

Les bénévoles sont précieux au parc Maximilien. pour faire tourner ce camp de réfugiés improvisés, ils multiplient les astuces. 4 d’entre eux nous expliquent leur mission. Et pourquoi ils comptent sur vous.

Mohamed, 26 ans, son ami Saber (Bruxelles) et Jean-Louis, retraité (Woluwe), «atelier Ikea»


On croise Mohamed et Saber marteau et pied de biche en main, sur le tas de palettes de bois déposées à l’entrée du camp. Jean-Louis est à l’arrière, gilet fluo sur le dos, qui coordonne cet «atelier bricolage» déjà surnommé «stand Ikea» dans les allées du parc Maximilien.

Leur mission

Mohamed: «On construit une étagère pour la cuisine. On récupère les palettes et on essaie d’en faire des tables. On fait comme on peut. Le bricolage, ça a toujours été mon truc. à la maison, pour tout ce qui est mobilier, je n’appelle jamais quelqu’un d’autre. On espère vite sortir nos premières tables».

Jean-Louis: «Je suis au camp depuis deux jours donc je commence à en connaître les besoins. Sans être charpentier, je m’occupe de la coordination de la construction de meuble. On en a déjà sorti pas mal, comme tout le mobilier du restaurant, mais aussi des étagères à vêtements et chaussures et des tables pour les tentes».

Pourquoi ils sont là

Mohamed: «C’est mon ami Saber qui m’a motivé. Si chaque Belge y met du sien, on peut y arriver. Rester assis devant sa télé à se scandaliser, c’est trop facile et ça sert à rien. On est humain avant tout: ce petit enfant sur la plage, ça nous a émus. C’est ce qui nous pousse à agir. Et comme je suis chercheur d’emploi, j’ai du temps». Saber acquiesce, lui qui prend son jour de congé pour travailler au camp.

Leurs besoins matériels et humains

Jean-Louis: «On a surtout besoin d’outils. Des outils électriques fonctionnant sur batterie, ça peut être bien, comme des visseuses, des foreuses ou des scies. J’ai emporté mon matériel. Sinon, pieds de biche, marteaux de charpentiers et scies sont précieux. On attend aussi des dons de clous de 7cm et de vis, entre 7 et 8 cm».
 

Abdelhak, fondateur du mouvement Collectactif et responsable de la tente «restaurant»


On rencontre Abdelhak sous l’immense tente «restaurant» du camp. Son charisme en fait un personnage immanquable. Comme sa taille, qui lui permet d’accéder aux derniers étages du frigo. Abdelhak connaît tous les bénévoles qui fourmillent entre le stock, la cuisine mobile et le comptoir.

Sa mission

«On a vite remarqué le gaspillage des dons alimentaires et, surtout, le manque de plats chauds. Collectactif (lire ci-dessous) a donc installé une cuisine mobile depuis samedi. Riz et poulet, pâtes, couscous, lentilles, salade de fruits, sandwichs: on sort entre 400 et 500 plats par jour. Et on les sert sans distinction aux réfugiés, aux sans-papiers, aux Roms ou aux sans-abri. C’est aussi la beauté du camp: pas d’étiquette. Le but de notre présence, c’est aussi de marquer la solidarité des sans-papiers envers les réfugiés».

Pourquoi il est là

«Collectactif est une émanation de l’ASBL Pigment. le projet est né dans le cadre du plan hiver, en 2013. L’idée est de lutter contre le gaspillage alimentaire en récupérant les invendus du marché des abattoirs pour le redistribuer chaque dimanche aux plus précarisés. Lancé par des sans-papiers désirant acquérir leur citoyenneté via la problématique de l’écologie et de la solidarité horizontale, Collectactif offre aujourd’hui 1,5 tonne de nourriture chaque semaine et touche quelque 160 personnes. Le projet occupe 15 bénévoles, en partenariat avec l’Abattoir d’Anderlecht et Cultureghem. Venir ici, c’était une évidence».

Ses besoins

«Les besoins changent quotidiennement. Parfois on a trop de pain, parfois trop peu. Nos dons viennent de particuliers ou de petites entreprises. On a même eu un food-truck de crêpes qui est venu cuisiner en bord de parc! Le meilleur conseil que je puisse donner pour éviter tout gaspillage ou don inutile, c’est de venir sur place. Ou alors de se connecter sur la plateforme Facebook du collectif citoyen».

 

Isabelle, photojournaliste bruxelloise, et Hayat, institutrice de Rebecq, «tente-école»


On rencontre Isabelle au centre de la tente-école, devant laquelle s’agglutinent les candidats-bénévoles. Un atelier maquillage est en cours. Les installations débordent déjà de tapis de jeu, de peluches et de matériel scolaire. Sur une corde flottent des dessins d’enfants parfois très bouleversants.

Leur mission

«Nous organisons des cours dans la tente-école. Pour les enfants, on se concentre sur l’animation: bricolage, jeux, dessin, chansons, clowns ou spectacles artistiques. l’idée, c’est qu’ils se sentent mieux dans le camp. Nous effectuons des rondes pour les sensibiliser, eux et leurs parents, à l’existence de cette école. On essaye aussi de faire de la prévention-hygiène: tous les enfants qui entrent dans la tente sont traités avec le répulsif anti-poux. Pour les adultes, nous planifions des cours de français et de néerlandais. l’école est ouverte de 8h à 19h».

Leurs besoins matériels

«Pour être honnêtes, nous n’avons plus besoin de fournitures scolaires de base, à part de marqueurs indélébiles. Mais on cherche tout de même des tableaux sur pieds, des panneaux didactiques figurant l’alphabet, des tapis de sols et des bâches de pluie, des bâches de peintre transparentes et des tabliers de peinture».

«Le volet hygiène est plus important dans l’immédiat. Nous cherchons du répulsif anti-poux en poudre à utiliser sans eau. Surtout pas de shampooing. Nous aimerions aussi pouvoir compter sur de larges réserves de gel désinfectant pour les mains afin d’enrayer les épidémies de poux et de gale: nous n’avons que 4 douches pour 700 personnes».

Leurs besoins humains

«Nous comptons actuellement un pool de 20 instituteurs bénévoles. Nos besoins sont donc comblés dans ce rayon. Mais des psychologues et pédopsychiatres arabophones seraient précieux. Des kinés et psychomotriciens aussi. Ils peuvent se présenter immédiatement à la tente-école».
 

Marie, 25 ans, Uccle, chercheuse d’emploi et «nettoyeuse»


On croise Marie un sac à la main, gants de caoutchouc épais aux mains, les yeux baissés vers le sol et le sourire aux lèvres.

Sa mission

«Je fais en sorte que le camp soit propre. On ramasse des bouts de plastique, des pailles, des bouteilles vides, des emballages. Je pense qu’aucun parc de Bruxelles n’est aussi propre que le parc Maximilien. D’ailleurs, c’est devenu un défi entre bénévoles dès qu’on voit un déchet: “ pour toi ou pour moi? ”, et c’est au premier qui est dessus». Et son rapport aux réfugiés? «Je les salue, mais comme je travaille à l’extérieur, j’essaye de ne pas les déranger: je les laisse à leur vie».

Pourquoi elle est là

«Je reviens d’un an à l’étranger. Quand j’ai débarqué, le 3 septembre, j’y croyais pas. J’me demandais: “ mais qu’est-ce qui se passe? ” Je suis venue à l’assemblée générale citoyenne dimanche 6 et comme il y avait de bonnes initiatives, je me suis impliquée».

Son sentiment sur la mobilisation

«Ça a pris une ampleur inattendue. Et c’est gai de voir tout ce qui est mis en place par les citoyens. Dans mon entourage, j’entends énormément de témoignages de solidarité. ça donne espoir. ça prouve que le mouvement citoyens est plus fort que les idées pessimistes de Francken et ses supporters».

Ses besoins?

«Pas grand-chose. Un sac, des gants. Et j’ai motivé deux amis pour venir m’aider».


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