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Se surprenant à sourire d'une blague raciste, il se supprime de Facebook

Se surprenant à sourire d'une blague raciste, il se supprime de Facebook

Chaque jour depuis le début de la crise des réfugiés, il scrutait les pages de ses amis Facebook... Reporters

Michel a manqué de vigilance, ayant plus que souri à une plaisanterie raciste sur Facebook. Il s'est auto-sanctionné de façon impitoyable.

 

Michel (nom d'emprunt) l'avait annoncé à plusieurs reprises depuis le début de la crise des réfugiés : tous ses amis qui produiraient, relaieraient, "likeraient" ou diffuseraient des messages à connotations racistes seraient irrémédiablement virés de sa liste d'amis.

La purge allait être sans pitié. Comme Dieu au jugement dernier, Michel (nom d'emprunt) ferait le tri des âmes pures et impures, rejetant les colporteurs de haine dans le néant.

Chaque jour, il passait donc un bon moment à scruter les pages Facebook de ses "amis", afin d'y vérifier s'il n'y avait rien d'intolérable. Le cas échéant, la sanction était immédiate. Plus jamais ces gens ne pourraient revendiquer d'être son ami. Ils seraient même "bloqués" et ne pourraient quémander un retour en grâce.

Jusqu'à ce vendredi où Michel (nom d'emprunt) parcourt dans un article les justifications d'un mandataire local précisément accusé d'avoir dérapé sur Facebook : "Si les migrants veulent quitter leur pays, parce que la loi sur les conventions de Genève le leur autorise, pourquoi ne vont-ils pas à Genève?", y bougonnait l'élu controversé.

Michel ne peut s'empêcher de sourire, puis même de pouffer. Il imagine les colonnes de réfugiés envahissant les rues de Genève la bourgeoise. Au point d'être tenté de reprendre la phrase dans un statut. 

C'est là qu'il se prend conscience qu'il a lui-même cédé à la séduction frelatée d'une plaisanterie à connotation douteuse.

Il en éprouve alors un singulier sentiment de culpabilité. Il est rongé de questions. Comment lui-même a-t-il pu soudain manquer de vigilance et à ce point baisser la garde?

Après deux nuits d'insomnie, Michel (nom d'emprunt) prend une décision logique, la seule possible à ses yeux : ne pouvant se supprimer comme ami de lui-même, il se radie spontanément de Facebook.

Quelques amis l'ont contacté par téléphone ou par mail pour l'inciter à revenir sur sa décision, mais rien n'y a fait.

Depuis, il se sent fort seul, d'autant qu'il habite isolé au bout d'un petit hameau du Condroz, que Facebook le reliait au monde et que Twitter ou Linkedin, c'est quand même moins marrant.

Mais au moins, il peut se regarder dans la glace ...sans baisser les yeux. 

 

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