ENSEIGNEMENT

Enseignement supérieur : le refinancement devrait livrer ses premiers effets cette année

Enseignement supérieur : le refinancement devrait livrer ses premiers effets cette année

Le décret Paysage de l’enseignement supérieur a profondément réorganisé la première année d’études. ÉdA

Les quelque 175.000 étudiants du supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles retrouveront lundi prochain le chemin de leurs auditoires pour une nouvelle année académique marquée par une série de nouveautés ainsi que quelques dossiers chauds.

La principale innovation de cette rentrée affectera les étudiants francophones de médecine. Ceux-ci seront en effet à nouveau soumis à un mécanisme de sélection pour mieux faire correspondre le nombre de diplômés avec le contingentement fédéral de médecins.

Concrètement, lors de la session de juin prochain, tous les étudiants inscrits en 1er Bac devront présenter un concours à l’issue duquel seuls les 605 meilleurs seront autorisés à passer en 2e année de médecine (et 89 en dentisterie).

L’annonce de ce filtre drastique a déjà entraîné une réduction de 25% du nombre d’étudiants inscrits au test préalable aux études de médecine organisé cet été.

Anticiper les réformes prévues

Grande nouveauté l’année dernière, le décret Paysage de l’enseignement supérieur, qui a profondément réorganisé la première année d’études, va maintenant étendre ses effets aux années supérieures, les établissements ayant trois années pour transposer complètement le nouveau décret.

«Les changements dans les années supérieures seront toutefois faibles cette année», tempère Jean Nicaise, administrateur de l’Académie de recherche et d’enseignement supérieur (ARES). «Beaucoup d’établissements ont en effet déjà anticipé les réformes prévues. Il n’y aura donc plus de changements majeurs cette année, même si à présent tout le monde va passer au seuil de réussite à dix sur vingt (contre douze précédemment, NDLR)».

Un point focalise toutefois encore l’attention. Appliqué aux 1er Bacs depuis l’an dernier déjà, le regroupement de différents cours au sein d’unités d’enseignement va maintenant être généralisé aux années suivantes, ce qui ne va pas sans susciter les craintes de la Fédération des étudiants francophones (FEF).

«Nous souhaitons que ces regroupements se fassent de manière cohérente pour éviter de retomber, avec les 2e et 3e Bac, dans la même problématique vécue par les étudiants de 1er Bac lors de la seconde session cet été, où certains n’ont pu obtenir de dispense pour des cours qu’ils avaient pourtant réussis en juin…», rappelle son nouveau président, Brieuc Wathelet.

«Tout cela doit être clarifié d’urgence. Nous aurions d’ailleurs souhaité que la commission Enseignement supérieur du Parlement de la Fédération puisse en débattre sans attendre la rentrée parlementaire (prévue fin de ce mois, NDLR), mais la majorité PS-cdH s’y est opposée».

Refinancement

Thème récurrent de chaque rentrée, le chantier du (re) financement de l’enseignement supérieur, étranglé depuis près de deux décennies par le principe de l’enveloppe fermée, devrait -enfin – connaître ses premiers développements cette année.

Le débat est double puisqu’il s’agit à la fois de revoir le modèle de financement des établissements d’enseignement supérieur aujourd’hui incités à se livrer une chasse à l’étudiant pour s’assurer un maximum de subsides, mais aussi d’augmenter le budget mis à disposition du secteur.

Et sur ces deux fronts, les choses commencent à bouger.

«Nous avançons sur le dossier du modèle de financement pour les universités. On commence à avoir un accord entre nous», se félicite ainsi Albert Corhay, recteur de l’ULg et président en exercice du conseil des recteurs francophones (CREF).

Mais l’exercice est particulièrement délicat, chaque institution veillant à ne subir aucun préjudice financier.

La réforme devrait en conséquence aboutir à une évolution plutôt qu’à une révolution.

Lisser les effets négatifs

Le nombre d’étudiants devrait ainsi rester la variable principale déterminant le financement, mais en tenant compte de certains paramètres pour lisser les éventuels effets négatifs, dit-on.

L’autre bonne nouvelle, c’est que le refinancement tant attendu devrait livrer ses premiers effets dès l’année prochaine.

L’accord de majorité PS-cdH bouclé l’été dernier prévoit pour mémoire de relever le budget de l’enseignement supérieur d’une centaine de millions sur toute la législature (2014-2019). Et selon des sources concordantes, les dix premiers millions de ce ballon d’oxygène seront alloués dès 2016, malgré les contraintes budgétaires qui pèsent sur la Fédération.

À cet égard, on suivra avec intérêt l’évolution du minerval dont le gel n’a été prolongé au printemps dernier que pour un an par le ministre Jean-Claude Marcourt.

Celui-ci aura également à régler cette année la problématique de la surpopulation estudiantine dans la filière vétérinaire.

«Limiter le nombre d’étudiants»

Dimensionnée pour accueillir 250 étudiants maximum, la faculté vétérinaire de l’ULg, la seule à organiser le master en santé animale, en accueille actuellement pas loin de… 400 venus des quatre universités qui organisent le Bac, ce qui nuit logiquement au niveau de formation pratique des futurs vétérinaires.

«Je pense qu’il faudra limiter le nombre d’étudiants après un an, comme cela vient d’être décidé pour les études de médecine», plaide Albert Corhay à titre personnel. «Mais les autres universités ne voient pas pourquoi elles devraient limiter leur nombre d’étudiants. Chacune voit son portefeuille: des étudiants en moins, c’est de l’argent en moins…».

L’année qui s’ouvre devrait enfin voir atterrir un autre dossier d’envergure: celui de la réforme des études d’infirmier.

Une directive européenne de 2013 a défini les normes communes minimales de formation de cette filière afin de permettre aux infirmiers et infirmières d’exercer sur l’ensemble du Vieux continent.

La Fédération Wallonie-Bruxelles a jusqu’au 18 janvier 2016 pour adapter le cursus de formation et le mettre en conformité avec le prescrit européen. Ces nouveaux programmes doivent être prêts pour la rentrée de 2016 au plus tard.

Au niveau des institutions d’enseignement, l’année qui s’ouvre sera particulièrement riche pour l’ULB. Son conseil d’administration procédera à l’élection d’un nouveau président en octobre, tandis qu’un nouveau recteur sera désigné en mai prochain.

L’Alma Mater bruxelloise se réorganise aussi en créant deux nouvelles superfacultés: la première regroupera la Philosophie ainsi que les sciences sociales et politiques, l’Histoire et l’Archéologie notamment, tandis que la seconde réunira les Lettres, la Traduction et la Communication, ce qui fera de l’ULB le plus grand pôle d’enseignement et de recherche en langues dans la capitale, et ce grâce à l’intégration de l’ISTI et Cooremans.

Enfin, à l’Université de Liège, cette nouvelle année académique sera en grande partie consacrée à la préparation d’un événement majeur, à savoir la célébration du bicentenaire de sa fondation, prévue en septembre 2017.

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