TURQUIE

La rue accroît le risque de « guerre civile »

La rue accroît le risque de « guerre civile »

Les affrontements entre le PKK et l’armée nourrissent une tension extrême dans la rue. AFP

Alors que le sud-est de la Turquie est en état de guerrecivile, la tension gagne la rue. Attisée par l’État, disent les pro-Kurdes.

Le principal parti pro-kurde de Turquie a mis en garde ce mercredi contre les risques de «guerre civile» dans le pays après avoir été la cible d’une vague de violences nourries par les affrontements entre forces de sécurité turques et rebelles kurdes.

Pour la deuxième nuit consécutive, des milliers de manifestants sont descendus dans les rues de plusieurs villes turques pour dénoncer les «terroristes» du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et ont visé les locaux du Parti démocratique des peuples (HDP), accusé par le gouvernement de soutenir le mouvement rebelle. Dans la capitale Ankara, des groupes de manifestants ont investi le quartier général du HDP et mis le feu à une pièce où étaient stockées les archives du parti. Un incendie a également dévasté le siège du mouvement à Alanya

Le siège du quotidien Hürriyet, proche de l’opposition, à Istanbul a lui aussi été attaqué mardi soir, pour la deuxième fois en quarante-huit heures par des partisans du président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan.

«Ces attaques sont pilotées d’une seule main, celle de l’Éta, a accusé le coprésident du HDP Selahattin Demirtas, qui a recensé ce mercredi «plus de 400 attaques» contre son mouvement. «Ils veulent provoquer la guerre civile et ce qui s’est passé depuis deux jours en est la répétition générale», a-t-il poursuivi.

Comme le Premier ministre islamo-conservateur, Ahmet Davutoglu, dès mardi soir, le porte-parole du gouvernement, Numan Kurtulmus, a nié tout lien avec les auteurs de ces agressions.

Depuis la fin juillet, des affrontements meurtriers font rage entre l’armée et le PKK dans le sud-est à majorité kurde du pays. Aux embuscades du PKK, qui ont provoqué la mort de 30 soldats ou policiers depuis dimanche, succèdent les représailles de l’armée contre les bases arrière du PKK dans le nord de l’Irak. Ces combats ont fait voler en éclat les discussions engagées en 2012 par le gouvernement d’Ankara avec les rebelles pour mettre un terme à un conflit qui a fait 40 000 morts depuis 1984.

Marche sur Cizre

La situation est très tendue dans cette partie de la Turquie, quadrillée par les forces de sécurité. Des élus du HDP, M. Demirtas en tête, ont entamé mercredi une marche pour rompre le «blocus» imposé depuis six jours à la ville de Cizre où, selon eux, au moins sept civils ont été tués.

À moins de deux mois des élections législatives anticipées du 1er novembre, le chef du HDP a accusé M. Erdogan de souffler sur les braises du conflit à des fins politiques.

Dans ce climat tendu, les présidents de l’opposition sociale-démocrate, Kemal Kiliçdaroglu, et nationaliste, Devlet Bahçeli, ont appelé au calme et à l’unité du pays. Mais le vice-Premier ministre, Yalçin Akdogan, a remis de l’huile sur le feu, en décrivant «le HDP comme ( …) la branche politique» du PKK. Et un éditorialiste du quotidien Star, proche du régime, a menacé dans ses colonnes un de ses collègues de Hürriyet de «l’écraser comme une mouche».

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