LITTÉRATURE

Les cougars dans la littérature

Le mot cougar est sans doute neuf. Pourtant quand on se plonge dans la littérature française, la femme mûre est omniprésente…

Le point de vue est original. «Il fallait y penser» pourrait-on dire! Et Clélia Renucci, jeune doctorante en Lettres modernes l’a fait. «C’est parti d’une recherche sur La Comédie humaine de Balzac voici quelques années. Je travaillais en même temps dans la pub et on parlait beaucoup, c’était en 2010, de Madonna et de ses ‘‘toy boys’’. Et comme parallèlement je relisais Balzac, j’ai constaté qu’il y avait aussi des cougars dans la littérature. Ça m’a donné l’idée de partir à leur recherche. C’est, je pense, une bonne façon de faire entrer la littérature dans la vie quotidienne.»

Et, assez surprenant, ces cougars sont nombreuses. «J’ai été très surprise de voir l’importance de ces femmes plus âgées qui aiment de jeunes hommes dans les romans européens, dès le XVIIIe siècle. Je pense qu’à l’époque, ces femmes n’ont pas été conceptualisées comme des cougars. C’est intéressant car, ça permet de relire ces romans avec un tout autre regard…»

Ainsi, Clélia Renucci découvre avec L’éducation sentimentale de Flaubert – un peu fade dans son souvenir – une œuvre dans laquelle, page après page, indice après indice, «on voit que derrière Madame Arnoux se cache une fameuse allumeuse».

Libres d’aimer, les cougars dans la littérature se présente comme une anthologie, un peu particulière, de la littérature, française principalement mais pas uniquement puisqu’on y retrouve aussi Stefan Zweig, Bernhard Schlink, Doris Lessing, Virginia Woolf ou encore Elfriede Jelinek. «Je suis partie de mes propres lectures puis je les ai élargies à d’autres. J’ai fouillé dans les rayons des librairies. C’est ainsi que j’ai découvert Sapho d’Alphonse Daudet ou encore La pianiste d’Elfriede Jelinek

Et pour faciliter la lecture, Clélia Renucci n’a pas hésité à classer ses cougars! À travers 18 catégories, elle nous présente les initiatrices, les mères, les collectionneuses ou encore les victimes de l’amour… «J’ai tout de suite remarqué que dans mon esprit, je rassemblais ces femmes par affinités. J’ai eu l’idée de ces catégories dans lesquelles on fait chaque fois une promenade littéraire.» Même si le chemin n’a pas toujours été évident. «J’ai parfois eu un peu de mal. Par exemple à déterminer si une femme était une initiatrice qui séduit un homme jeune puis le laisse partir, une mère qui finalement s’attache ou simplement un pot de colle.»

Mais Clélia Renucci insiste bien, «à travers une cinquantaine d’œuvres, c’est d’abord une ode à l’amour que je fais.»

Clélia Renucci, «Libres d’aimer, les cougars dans la littérature», Albin Michel, 296 p.

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