Agriculture : le MR Borsus veut « baliser » le libre marché

Agriculture : le MR Borsus veut « baliser » le libre marché

Willy Borsus sera ce matin au sommet européen de l’Agriculture. Quelque 5 000 agriculteurs aussi... BELGA

C’est toujours un peu surprenant d’entendre un libéral réclamer des limites au libre marché. Mais face à la crise du lait et du porc, le ministre de l’Agriculture aurait bien du mal à parler autrement.

Alors que les colonnes de tracteurs sont en route pour Bruxelles, le ministre de l’Agriculture Willy Borsus était l’invité à la fois de la Première et de Bel-RTL... Les files s’allongent vers le sommet européen de l’Agriculture.

Pour quoi faire, un sommet européen? Qu’est-ce que ça peut changer?

Le MR Willy Borsus ne renonce pas à «faire bouger les lignes» et sortir avec des mesures concrètes de la rencontre européenne. «Quand la maison brûle, il faut des mesures d’urgence qui vont s’appliquer immédiatement.»

Mais il l’admet: «il y a un gros effort de conviction à faire pour convaincre certains États membres et faire en sorte que les agriculteurs soient rémunérés correctement.

«On est à la limite d’un modèle»

Borsus répète son credo depuis des semaines: il faut agir sur le prix à l’intervention (adapter le niveau de prix à partir duquel l’Europe intervient), aller piocher dans le «super-prélèvement» (860 millions€ de pénalités collectées lors de la dernière saison de quotas auprès des agriculteurs qui dépassaient la production autorisée) pour aider les exploitants en difficulté, verser de façon anticipée les aides directes qui normalement sont étalées, soutenir la consommation par des campagnes de promotion du lait dans les écoles pour écouler la production, etc.

«On voit qu’on est à la limite d’un modèle. Croire qu’on va toujours pouvoir produire plus et que la consommation va toujours pouvoir absorber... C’est ce qui a conduit à cette situation destructrice pour nos fermes.»

Le ministre MR plaide pour de nouveaux systèmes de sécurité, de contingentement. Parce que le «tout au marché» a des limites.

«Un cheval sans bride»

Un plaidoyer pour une économie réglementée et pour le retour des quotas: on n’a pas l’habitude d’entendre ce genre de propos dans la bouche des réformateurs.

Willy Borsus nuance, un tout petit peu. «Le libre marché, si, ça marche. Et il doit continuer à s’exercer. Mais le marché sans balises, ça n’a pas de sens. Sinon, c’est comme un cheval sans bride qui a tendance à s’emballer.»

C’est pourtant un système libéral qui a suscité cette surproduction de lait, celle qui se heurte aujourd’hui non seulement à un embargo russe mais aussi à une consommation en rade.

«Mais cette situation s’observe dans le monde entier», veut encore faire remarquer Willy Borsus.

«Imposer le modèle belge»

Le ministre de l’Agriculture voudrait imposer le modèle belge au reste de l’Europe. Notamment «contaminer» les autres États membres avec l’idée du supplément de 2,7 centimes par litre de lait produit, comme décidé chez nous il y a une semaine.

«On peut décider et influencer certaines choses. Faisons-le. Nous nous battrons pour faire évoluer la situation. Transformer des fermes en usines agricoles, ce n’est pas ce qu’on cherche.»

Que la Belgique s’impose sur la scène européenne, on peut toujours rêver. Mais on imagine mal Borsus s’avouer vaincu avant même que le début du sommet, qui cristallise la colère du monde agricole ce matin.