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Une doctorante a recours au crowdfunding pour financer sa thèse

Une doctorante a recours au crowdfunding pour financer sa thèse

Maud Rouillard fait appel à la générosité des gens pour achever son doctorat dont la thèse porte sur la maladie de Parkinson. D.R.

Maud Rouillard aimerait achever sa thèse sur la maladie de Parkinson à l’ULg. À court de moyens, elle lance une opération de crowdfunding pour financer sa dernière année de recherche.

Les internautes ont vu apparaître depuis quelques années des campagnes de crowdfunding, ou «financement participatif» pour diverses causes. Il s’agit tantôt de financer un projet artistique, tantôt de soutenir une start-up ou un voyage humanitaire. L’appel aux dons pour le financement d’une thèse de doctorat s’avère beaucoup plus original.

Maud Rouillard est pourtant contrainte de lancer une telle opération pour achever les recherches qu’elle mène depuis cinq ans pour sa thèse de doctorat. En quelques mots, son étude porte sur l’impact thérapeutique d’une activité physique régulière dans le cadre de la maladie de Parkinson. Alors qu’elle s’apprête à entamer la dernière ligne droite de 14 mois, Maud Rouillard se retrouve sans le sou. Elle espère récolter 8500 euros pour sa sixième année de thèse, de manière à prendre en charge les frais du quotidien.

Une thèse de doctorat entre la France et la Belgique

La thèse de cette chercheuse française est effectuée en «cotutelle», entre l’Université de Poitiers en France et celle de Liège, au Centre de Recherches du Cyclotron au Sart Tilman. «L’université de Poitiers est plutôt spécialisée dans l’aspect sportif, celle de Liège est très à la pointe en matière d’imagerie cérébrale», explique-t-elle.

Maud Rouillard a entamé en 2010 une thèse dite «non financée». Des modes de financements existent bien, sous formes de bourses notamment. «Mais lorsque vous vous lancez dans une thèse non financée, les portes se ferment», déplore-t-elle.

Une fondation (Fondation Bleustein-Blanchet pour la vocation) lui a accordé un prix de 7700 euros voici deux ans. Elle par ailleurs bien été payée durant deux ans par l’Université de Liège comme convenu dans le cadre de la cotutelle. Elle a entre-temps changé le thème de sa thèse et reste dès lors à Liège, pour pouvoir travailler sur les installations du Centre de Recherches du Cyclotron, indispendables à l’analyse de ses données.

«J’ai effectué toutes les demandes, en France et en Belgique. Alors que la maladie de Parkinson constitue un enjeu très important, mes recherches ne peuvent pas être davantage soutenues. Je dirais que la conjoncture difficile que l’on connaît est une explication. Et puis je tombe un peu au mauvais moment. Le type de thèse que je réalise ne bénéficie pas de beaucoup de financements ces derniers temps», considère Maud Rouillard.

Le temps presse

En aucun cas la chercheuse ne souhaite jeter un pavé dans la mare ou critiquer l’université qui lui permet d’effectuer son travail. «En réalité, l’ULg a fait sa part du boulot, puisque j’ai été payée durant deux années de doctorat, que je bénéficie des installations du Centre de Recherches du Cyclotron, etc. Mais si je ne peux achever la thèse, j’aurai perdu cinq ans de ma vie.»

Un immense gâchis en perspective donc, qui serait à déplorer sur le plan scientifique également. «Tout ce travail aurait été effectué pour rien. Il est vrai que d’autres chercheurs pourraient se servir de mes données, mais cela prendrait du temps.» Davantage de petits boulots seraient envisageables, mais cela nécessiterait une prolongation des délais. Or, «j’aimerais vraiment soutenir ma thèse fin 2016», explique Maud Rouillard, qui sait qu’en matière de recherche médicale, le temps compte et n’est pas à gaspiller.

La plateforme de crowdfunding: www.doctorat.ovh

Une situation complexe pour beaucoup de doctorants

Le cas de Maud Rouillard met en lumière la difficulté pour bien des chercheurs de financer leurs recherches dans le cadre d’une thèse. «Nous travaillons beaucoup avec les étudiants qui souhaitent se lancer dans un doctorat: ont-ils bien mûri leur projet? Sont-ils assurés d’un financement? Est-ce un rêve d’enfance ou veulent-ils réellement devenir chercheurs?», interroge Isabelle Halleux, directrice de l’administration de Recherche et Développement à l’ULg.

«Systématiquement, l’Université de Liège engage les frais de recherche» lors des doctorats, assure-t-elle. Les montants peuvent varier en fonction du domaine d’études, depuis 2 000 à 30 000 euros jusqu’à plus 30 000 euros annuels lorsqu’il s’agit d’utiliser des outils de pointes, tels que le cyclotron.

Après, les situations des doctorants varient énormément. Quelques-uns décrochent un contrat d’assistant de 6 ans et parviennent généralement à boucler leur thèse dans les délais. La plupart bénéficient d’une bourse de doctorat, généralement de quatre ans. «Il arrive qu’ils aient besoin d’un petit délai supplémentaire. Mais des solutions existent», explique Isabelle Halleux.

Une série de mécanismes sont activés pour des chercheurs dans le besoin, par exemple lorsqu’ils proviennent de pays en crise. «Nous avons dernièrement soutenu une dizaine de doctorants syriens. Il y a eu des Burundais, auparavant, ou des Haïtiens après le séisme», ajoute Isabelle Halleux.

Le cas de Maud Rouillard est particulier, parce qu’elle a entamé sa thèse à Poitiers, puis ses recherches ont changé de direction. En vertu de la cotutelle, elle a reçu deux années de bourse à l’ULg. Mais elle n’a à l’heure actuelle aucune publication scientifique à son actif.

Est-il trop tard pour elle? Elle a déjà cinq années de recherche derrière elle, les délais deviennent donc plus longs que la moyenne. Son cas ne devrait pas être prioritaire par rapport à celui d’autres doctorants dans une situation sociale plus complexe. Peut-être que le financement participatif lui permettra de rebondir pour achever sa thèse.


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