RENTRÉE LITTÉRAIRE

Christine Angot, retour à la mère

Dans «Un amour impossible», sous une forme apaisée, et quasi fictionnelle, l’auteure de «L’Inceste» revient vers sa mère longtemps rejetée.

Il y a quelque chose d’étrange dans le vingtième livre de Christine Angot, c’est son refus d’assumer sa dimension (auto)biographique. L’écrivaine parle bien de ses parents et d’elle-même, et pourtant son livre est émaillé de dialogues (souvent longs) largement imaginaires. Comme si celle qui n’a cessé de se mettre en scène à travers des fictions était incapable de ne pas introduire de la fiction dans un texte qui n’en est pas une.

Un amour impossible est d’abord un intéressant contrechamp sur une œuvre singulière, souvent crispante, parfois dérangeante, mais à coup sûr cohérente, née dans le terreau autofictionnel. Dans un style apaisé, pour tout dire neutre, voire plat, Christine Angot se détourne en effet en partie de sa personne pour raconter la rencontre entre ses parents à Châteauroux à la fin des années 1950. Rachel Schwartz, 26 ans, issue d’un milieu modeste, employée à la Sécurité sociale, y est séduite à un bal par Pierre Angot, fils d’un directeur chez Michelin, de passage comme traducteur à la base américaine.

Ce Parisien cultivé lui fait découvrir un monde inconnu, fait de «détails inattendus», de «mots nouveaux», d'«idées qu’elle n’avait jamais entendu exprimer», où les convenances sont balayées «d’un air naturel». Il lui fait aussi un enfant qu’il ne reconnaît pas, veut la faire venir à Paris tout en refusant de l’épouser, disparaît, réapparaît, passe, repasse, ne donne plus de nouvelles, envoie de longues lettres. Et finalement, de guerre lasse, reconnaît sa fille de 13 ans qu’il reçoit chez lui. La suite, les lecteurs de Christine Angot la connaissent, elle porte un nom: inceste. Il est le fil conducteur de son œuvre depuis son évocation dans Vu du ciel, son premier roman paru en 1990, jusqu’à son exposition explicite dans Une semaine de vacances en 2012.

À ses retours de week-ends ou de courts séjours, l’enfant ainsi violentée se tait. Pourtant son comportement change. Sa mère s’étonne, s’attriste de cette perte d’affection mais, elle-même rejetée par son père, refuse de voir. D’autant plus que l’adolescente dit son admiration pour cet homme dont elle loue, notamment, l’intelligence (et qui mourra d’Alzheimer en 1999, l’année de la sortie de L’Inceste). Cet aveuglement, la romancière le met en cause, rejetant hors de ses livres celle à qui elle a longtemps attribué ses «échecs», l’accusant «de ne pas avoir réfléchi à sa propre responsabilité dans ce qui [lui était] arrivé».

Aujourd’hui, pourtant, le temps de la réconciliation est venu. Subitement, «des sentiments très anciens, qu’on croyait perdus, qui dataient de sa jeunesse à elle et à moi de mon enfance, ont commencé à réapparaître», s’étonne-t-elle. Ils ont donné naissance à ce livre dont les trente dernières pages constituent un chant d’amour (et psychanalytique) espérant rattraper ce temps perdu.

Christine Angot, «Un amour impossible», Flammarion, 217 p.

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