Après l’exil, la rentrée des classes

Après l’exil, la rentrée des classes

Pour les enfants réfugiés (ici des Syriens dans un camp en Jordanie) l’école est une bulle de stabilité dans leur vie de chaos. Isabel Corthier/Caritas International

Sous les bombes d’un conflit ou sur les routes de l’exil il y a peu encore, des enfants réfugiés chez nous rentraient aussi à l’école hier.

Pour tout enseignant, chaque rentrée scolaire est particulière. Pour Dominique Boucqueau, elle l’est sans doute encore un peu plus cette année. Malgré ses vingt ans passés dans l’enseignement primaire, cette institutrice de l’école communale de Blocry, à Ottignies-Louvain-la-Neuve, débute une expérience inédite pour elle: prendre en charge la «classe passerelle». Un groupe d’élèves primo-arrivants en Belgique, parmi lesquels des enfants de candidats réfugiés hébergés aux Logis de Louvranges (voir ci-dessous).

Cette année, ils sont 17 élèves de tous âges à intégrer cette classe. En fonction des départs et arrivées en cours d’année, ils étaient à peine la moitié l’an dernier. Et ce ne sont là que ceux qui intègrent la classe passerelle, la condition étant d’être arrivé sur le territoire belge il y a moins d’un an. Mais au total, les Logis de Louvranges ont inscrit une trentaine d’enfants réfugiés à l’école primaire et maternelle de Blocry cette année. Signe (s’il en faut encore) que les enfants figurent aussi parmi les premières victimes des violences et guerres qui poussent les gens à l’exil.

Dix-sept enfants, en âge de 1re à 6e primaire, qui ne parlent quasiment pas un mot de français et qui, pour beaucoup, ont un parcours douloureux, c’est un nombre qui «effraye» un peu Dominique.

«Même si je sais qu’on ne peut qu’avancer avec des enfants pareils», ajoute l’enseignante. Sa jeune collègue Laura Coquette qui avait la charge de la «classe passerelle» ces deux dernières années (c’est la 3e année d’existence de cette classe) le confirme: «Ce sont des enfants très travailleurs, capables de s’adapter très rapidement et qui sont vraiment motivés à parler français au plus vite. C’est une vraie motivation de les voir progresser de façon quasi quotidienne.»

Avec ces enfants jetés sur les routes par la guerre, la famine, les violences et les crises humanitaires de tous ordres, le gros du travail se situe aussi sur un autre plan que le pur apprentissage scolaire. L’émotionnel, l’affectif prennent une place prépondérante.

«Ce sont des enfants avec lesquels il faut beaucoup travailler sur la confiance en eux, qu’il faut rassurer sur leur place dans la classe et dans l’école, explique l’institutrice. Ils ont besoin d’être rassurés tout le temps et sur tout. Leur travail, leurs progrès…»

Une lourde tâche qui concerne toute l’école, avec un gros travail de concertation avec les enseignants des autres classes et la direction, soulignent Laura et Dominique. Certains cours (gym, cours de philosophie…) sont d’ailleurs suivis par ces élèves dans la classe qui correspond à leur âge, tout comme certains autres cours généraux pour ceux qui progressent plus vite en français. Une approche pédagogique qui permet de forcer le «mélange» et donc facilite l’intégration.

Même si pour la plupart d’entre eux un déménagement à la suite de l’acceptation de leur dossier d’asile ou une expulsion dans le cas contraire, viendra briser plus ou moins violemment ce moment de stabilité dans leur jeune vie de chaos…

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