MOBILITE

Piétonnier : une rentrée scolaire qui roule ?

Piétonnier : une rentrée scolaire qui roule ?

EdA - Julien RENSONNET

L’engorgement automobile tant redouté à l’intérieur de la capitale n’a pas eu lieu. La ville de Bruxelles, la zone de police et les services de mobilités étaient fin prêts, et les automobilistes s’y étaient pris à l’avance pour éviter les bouchons. Mais pour la plateforme Pentagone et l'ARAU, il est encore trop tôt pour crier victoire.

Ce matin, les yeux étaient rivés vers le centre-ville de Bruxelles : allait-on revivre le chaos de l’inauguration de la zone piétonne du 29  juin dernier ? Et bien non, à la grande satisfaction du bourgmestre Yvan Mayeur et du ministre de la Mobilité Pascal Smet, le nouveau plan de circulation, n’a pas provoqué d’embarras de circulation dans le centre et sur la petite ceinture. Hormis, des ralentissements en dehors de la petite ceinture (dans le tunnel Montgomery et sur le boulevard de la Woluwe), quelques tweets d’automobilistes révèlent qu’au final, le seul inconvénient vers 8h du matin, « c’était la pluie ».  

La communication : le secret d’une circulation fluide ?

C’est en tout cas ce qu’affirme Camille Thiry, porte-parole au centre de la mobilité de la Région bruxelloise, qui se dit, elle aussi, satisfaite de cette matinée de rentrée scolaire : « pour être prêts, de nombreuses concertations ont été organisées, entre la ville, les services de police et les zones de chantier. Le point crucial était que les chantiers en cours, comme le désamiantage du viaduc Reyers, la place Vanderkindere ou le viaduc Anderlecht par exemple, ne compromettent pas la circulation».

La Ville de Bruxelles avait par ailleurs mis en route une vaste campagne d’information (notamment via le site www.plandecirculation.be) et installé de nombreux panneaux rappelant l’aménagement du piétonnier. Pour la rentrée, la STIB a renforcé son offre et des policiers supplémentaires régentent les carrefours, puisque « la gestion du flux de trafic, une réaction prompt en cas d'incidents et une bonne communication sont les outils qui permettent de limiter les embouteillages ».

Oui mais

A l’Atelier de Recherche et d’Action Urbaine (ARAU) on reste sceptique : «  quand on prévoit le chaos, les gens prennent leurs précautions. Ils partent plus tôt, ou ils utilisent des moyens alternatifs pour se déplacer. On ne pourra tirer un bilan véritable que dans quelques semaines » explique Isabelle Pauthier. En passant, la directrice d’ARAU souligne avec ironie que  la capacité des habitants à utiliser le vélo ou le bus, au lieu de leur voiture, est une excellente nouvelle et que « si tout va bien, il n’est plus vraiment nécessaire de créer des parkings aux abords du piétonnier ».

Même son de cloche auprès de la Platefrom Pentagone, une association qui se veut le porte-voix des commerçants et riverains du centre-ville. Selon les estimations, l’interdiction de circuler sur les axes du centre-ville, entrainerait un report sur la petite ceinture de 500 véhicules/h. « C’est un mensonge d’affirmer que tout va bien. Pendant les vacances, il y a eu des problèmes de circulation sur le pentagone. Le boulevard était un axe traversant. Aujourd’hui, il faut faire le tour et de facto, les automobilistes explorent les petites rues avoisinantes. Ces petites rues calmes et sympas, sont devenues des lieux de passage, et cela ne plait pas du tout aux habitants » affirme Isabelle Marchal, citoyenne active au sein de la Plateform.

 

Désengorger le centre ou en faire un Disneyland ?

Pour les réfractaires au piétonnier du centre-ville, il s’agit de se poser la bonne question. A savoir : quelle est la vocation du piétonnier ? Parce que si l’on gratte le vernis des discours officiels, on se rend compte que les décisions prises par la Ville sont loin de faire plaisir à l’ensemble des Bruxellois.  Encombrement des petites rues périphériques, difficulté d’accès (en ce compris la suppression d’arrêts de bus), nuisances sonores et insalubrité, ne sont que la partie visible de l’iceberg. 

« Quand il va faire moins beau, et qu’il n’y aura plus personne pour glander sur le piétonnier, ne va-t-on pas se rendre compte que l’on a gaspillé un énorme espace de circulation ? Et qu’en fait-on de ce piétonnier ? Une zone de mobilité collective plus sure et confortable, dynamique pour les habitants et les commerçants ? Non. Les politiciens s’engouffrent dans une politique et un tourisme événementiel de masse. Pire, ils privatisent une zone publique, comme on l’a vu lors de la Tomorrowland, pour se mettre de l’argent dans les poches. Et de nombreux petits commerçants ont peur, car la Ville est la propriétaire foncière de nombreux bâtiments sur cette zone. Si elle décide de ne pas renouveler les baux de certaines boutiques ou d’augmenter les prix, car elles ne cadrent pas avec la nouvelle image du piétonnier, que pourront faire les commerçants ? » ajoute la directrice de l'ARAU.

Encore une fois, les voix contestataires demandent qu’il y ait un réel débat public autour de la question du piétonnier, ainsi que sur la qualité de la politique événementielle et touristique de la région : «  nous ne sommes pas contre le principe du piétonnier. Mais il faut qu’il soit fait de façon intelligente, au bon endroit et de concert avec tous les acteurs » conclu Isabelle Marchal.