L’ÉDITO PAR EMMANUEL HUET

Solidarité agricole

Solidarité agricole

Les tracteurs sont ressortis, les pneus brûlent à nouveau aux ronds-points, les mines sont graves, les agriculteurs sont tourmentés.

Ici, l’opinion publique semble sensible à leur cause. Se sent-elle partiellement responsable? Peut-être car ce sont les conditions du marché et les dérives ultralibérales qui exercent une pression colossale sur les prix. Ce vaste marché, où le lait a une cotation, où son prix fluctue quotidiennement, c’est le résultat d’une mondialisation voulue par les sphères politique, économique et financière. Mais aussi par vous et par moi qui préférerons parfois un lait bon marché venu de l’autre bout de l’Europe à une brique locale. C’est nous qui préférons une cuisse de poulet industrielle à celle d’un producteur du coin.

Pour se maintenir face à un métier en mutation, l’agriculteur a saisi les perches tendues. L’industrialisation de son métier a semblé être une manière de maximiser les profits, de se diversifier. Et tout simplement de répondre à une demande du marché en attente de produits toujours moins chers.

Le monde agricole doit aussi plaider coupable de ce qui lui arrive. Pointer l’Europe et la mondialisation comme seules responsables de leurs maux, c’est aussi pour éviter de se remettre en question. En apparence, le milieu agricole semble solidaire, solide comme un roc, une grande famille. Être fermier, c’est faire partie d’une grande fratrie. Autant les liens peuvent être solides en amitié, autant peuvent-ils être si fragiles en affaires. Il y a longtemps qu’on ne se fait plus de cadeau entre voisins, que certains requins ont remplacé les vaches dans les étables. Il faut avant tout se sauver, avant de sauver une profession. Certains avancent, d’autres trépassent.

La Fugea suggérait hier, dans nos colonnes, de réduire la traite lorsque le prix du lait basculait vers les 30 cents: une bonne manière de réguler le marché. Mais cette initiative devrait provenir des laiteries, précisait le syndicat. Parce qu’une production régulée d’elle-même par les agriculteurs n’aurait aucune chance d’aboutir… Car tous ne joueraient pas le jeu. Un peu comme lors des déversements spectaculaires de lait dans les champs de Ciney en 2009. Certains avaient respecté le mot d’ordre d’épandre du lait, de déverser leur production alors que d’autres l’avaient coupé à l’eau.

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