Froome remporte un drôle de Tour

AFP

Christopher Froome a remporté son deuxième Tour de France, c’est une réalité, née de la domination écœurante et dérangeante d’une équipe Sky à laquelle on ne peut que reprocher d’être en phase sur un cyclisme 2.0

, au contraire des autres formations qui en sont peut-être restées au vélo de papa. Mais cette victoire très anglaise est aussi le fait d’un découpage des étapes peut-être trop optimiste. On le sait, Prudhomme et Gouvenou avaient voulu cette grande boucle nerveuse et goûteuse. En traçant des étapes courtes et agrémentées dès les premiers jours de nombreux pièges (vent, bordures et pavés), les deux timoniers du Tour voulaient dynamiser, dynamiter même, ce rendez-vous. Mais, pour les coureurs, ce fut un plat de résistance par trop compliqué à digérer. En Zélande, sur cette arrivée à Neeltje Jans battue par les pires vents, Nibali et Quintana s’y cassèrent les dents. Et le petit Colombien de terminer à une minute et douze secondes de Froome. Quintana reçut ensuite un autre coup de son adversaire anglais, remarquablement soutenu par son équipe, dès la première étape des Pyrénées à la Pierre-Saint-Martin, où il dut encore abandonner une minute, malgré sa 3e place.

Et c’est aussi après cette dixième étape que la presse, française pour l’essentiel, y alla de ses couplets nauséabonds et suspicieux. Et on en arriva à l’indigestion, ou, plutôt, à l’indigeste: fréquence de pédalage suspecte, puissance suspecte, vélo suspect, équipe suspecte. Tout y passa et son contraire: les suiveurs ne savaient plus où donner de la tête, et donc quel crédit apporter à Froome. Puis le soufflé de l’opprobre retombait, à l’occasion de quelques succès français. Mais le mal était fait. Car ce Tour, qui, fatalement, devait rester celui de la fête et du rassemblement populaire autour de la petite reine, dérapait alors dans la chienlit si chère au général de Gaulle. Celle, heureusement, d’une minorité, mais encline à verser dans l’insulte, les crachats, les jets d’urine et les bras d’honneur à destination du maillot jaune. Ce Tour méritait-il autant de dérapages? Non, ce n’est pas dans ses gènes et on ose espérer qu’il restera celui d’une exception.