« Pas de changement, à part que je suis endetté… »

« Pas de changement, à part que je suis endetté… »

EdA - Jacques Duchateau

Lorsqu’on reprend l’exploitation familiale, on est souvent motivé à l’idée de faire «à sa manière» tout en tenant compte des enseignements reçus.

Ici, Pierre André ne compte pas tout remanier. D’autant plus que ses parents seront encore bien présents dans la ferme. «Dans la manière de travailler, on n’envisage pas de changer car les revenus sont déjà variés avec trois spéculations (lait, élevage et cultures). Faire une autre diversification, comme de la vente à la ferme, c’est un peu risqué. Surtout qu’on est à 5 km de tous les villages voisins.»

Quand Pierre confirme qu’il va «continuer à travailler comme mes parents», c’est avec une certaine conviction. D’autant plus que, depuis qu’il a terminé ses études, il était déjà bien impliqué dans la gestion de la ferme. «Maintenant, les orientations se décideront à trois, mais c’est ce qui se faisait déjà depuis que j’étais aidant. En fait, il n’y aura pas de grand changement, à part que je suis endetté…»

La transition a également nécessité pas mal de travail d’un point de vue organisationnel. «On a fait une estimation du capital de la ferme. Il y a une préparation et on ne se rend pas compte de tout ce qu’il faut faire…»

Ce dont il se rend bien compte, c’est de la charge qui l’attend. Avec un tel investissement à assumer, le droit à l’erreur n’est pas permis. «Avant de faire quoi que ce soit, il faut réfléchir à tout car on est contrôlé tout le temps.

Maintenant, on n’a plus le droit de se tromper. Avant, les marges bénéficiaires étaient plus importantes. Si on travaillait mal, cela avait moins de répercussion sur le revenu. Maintenant, la marge est tellement faible…»

Impossible sans les parents

Malheureusement, aucun de ces jeunes agriculteurs n’est à l’abri. «Un jeune qui reprend, s’il n’a pas ses parents pour aider, il n’y arrivera jamais.

Je ne comprends pas comment certains arrivent à reprendre une ferme sans être du milieu. Ceux-là, je les applaudis.»

Les marges bénéficiaires étant parfois tellement minces que certains jeunes repreneurs ne s’en sortiront pas. «Oui, j’ai des copains qui hésitent à reprendre la ferme. Mais malgré les craintes, plusieurs ont repris ou ont d’abord travaillé à l’extérieur. Mais pour d’autres, on sait aussi que, financièrement, ça ne tourne pas rond…»

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