« À mon âge, impossible de reprendre le foncier »

À 25 ans, Pierre André vient de reprendre une partie de l’exploitation familiale. Le jeune agriculteur sait que ce sera dur même si l’exploitation est en bonne santé.

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lostoy, dans le Condroz namurois, est un village bien préservé où la pierre constitue le principal matériau de toutes ces maisons, fermes et château rassemblés en quelques rues. L’exploitation agricole de la famille André ne fait pas exception dans ce cadre rural.

Depuis le 1er juillet, beaucoup de choses ont changé sous le toit de la ferme André. Ne cherchez pas dans la cour, il n’y a pas un tracteur flambant neuf. Ne cherchez pas non plus dans les étables, il y a toujours autant de vaches laitières et de Blanc Bleu. C’est plutôt à la tête de l’exploitation que les cartes ont été redistribuées.

À 25 ans, Pierre, le cadet de cette famille de trois enfants, a repris une partie de la ferme. C’est le grand saut pour ce bachelier en agronomie formé à l’ISI à Huy. «Je suis aidant à la ferme depuis 3 ans. J’aurais pu reprendre la ferme en sortant de Saint-Quentin à Ciney (technique de transition) mais mon père n’a seulement que 60 ans. Et il y a 4-5 ans, c’était aussi un peu tôt et j’avais envie de voir d’autres horizons.» Sa formation dans le supérieur lui aura permis d’affiner ses connaissances en gestion, en comptabilité et dans le suivi administratif. «D’un point de vue technique, on avait déjà beaucoup vu en secondaire à Saint-Quentin.»

Beaucoup diront en souriant que le jeune agriculteur se passe la corde autour du cou. Mais il a confiance. «Souvent, quand un jeune reprend une ferme, c’est une ferme saine. Il ne faut pas les encourager à reprendre si ça ne va pas…»

La nouvelle politique agricole européenne et les taux faibles ont aussi pesé dans la décision. «La nouvelle PAC aide plus les jeunes qu’avant. Ils ont 2% en plus sur les DPU (NDLR: les aides compensatoires européennes), les primes pour les vaches allaitantes vont être plus élevées et les crédits bancaires sont quand même intéressants…»

Pierre reprend ainsi deux tiers de l’élevage et du matériel agricole. «À mon âge, c’est impossible de reprendre des bâtiments et du foncier.» Le foncier est souvent la pierre d’achoppement lors de la reprise d’une ferme par un des enfants. Car, comment donner un juste prix entre un marché qui part à la dérive et un enfant repreneur qui ne peut donner le prix de la spéculation. «Tant que le foncier n’est pas à remettre, il n’y a pas de risque d’inégalité avec mes deux sœurs. Même si elles ne sont pas attirées par la ferme, il faut que ça reste juste.»

«Le seul revenu fixe, ce sont les primes»

Pour le jeune agriculteur, le foncier «et la volatilité des prix» constituent les plus gros freins à la viabilité d’une agriculture raisonnée. «Dans une ferme, on ne sait jamais estimer le chiffre d’affaires que l’on va faire. On ne sait pas dire à combien on va vendre nos produits. Ce qui est aberrant, dans une ferme, c’est que le seul revenu fixe, ce sont les primes de l’Europe.»

Pierre André prend donc tout doucement son envol professionnel même s’il restera très étroitement lié avec ses parents qui seront encore bien actifs à la ferme. «Si j’aurai un peu plus de boulot? Un peu plus d’un point de vue technique. C’est mon père qui s’occupait de la surveillance des vêlages, maintenant ce sera plus moi. Et pour l’administratif, c’est ma maman qui s’occupait de tout. Il faudra bien que je m’y mette aussi.»

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