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Turquie: l'attentat suicide a été commis par le groupe Etat islamique

Au moins 30 personnes ont été tuées et une centaine d’autres blessées lundi dans la ville turque de Suruç, près de la frontière syrienne, lors d’un attentat suicide qui, selon les autorités turques, pourrait avoir été commis par le groupe jihadiste État islamique (EI).

Les premiers éléments de l'enquête indiquent que l'attentat suicide qui a fait au moins 30 morts lundi dans la ville turque de Suruç, près de la frontière syrienne, a été commis par le groupe Etat islamique (EI), a affirmé le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu.

"Les premiers éléments montrent que l'explosion est un attentat suicide et qu'il a été perpétré par Daesh (l'acronyme arabe du groupe EI)", a déclaré M. Davutoglu lors d'une conférence de presse à Ankara. "Mais nous n'en sommes pas encore à l'heure des jugements définitifs", a ajouté le chef du gouvernement islamo-conservateur turc.

M. Davutoglu a ajouté que l'auteur de l'attaque suicide n'avait "pas encore" été identifié mais que l'information serait rendue publique "dès qu'elle serait disponible".
Plusieurs médias turcs ont évoqué la piste d'une "kamikaze" femme, âgée d'une vingtaine d'années à peine.

Le Premier ministre a enfin indiqué que le déploiement de renforts militaires à la frontière entre son pays et la Syrie, qui a débuté il y a plusieurs semaines, allait "continuer".
L'attentat a visé le jardin d'un centre culturel où résidait un groupe de jeunes militants de gauche ou prokurdes qui souhaitaient franchir la frontière pour participer à la reconstruction de Kobané, détruite par la bataille qui y a opposé de septembre à janvier derniers les combattants de l'EI aux milices kurdes de Syrie.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a condamné l'attentat dénonçant un "acte de terreur".
"Nous sommes plongés dans le deuil à cause d'un acte de terreur qui a fait 28 morts et de très nombreux blessés. Je maudis et condamne les auteurs de cette violence on nom de mon peuple", a-t-il déclaré lors d'une visite officielle dans la partie nord de Chypre, occupée par la Turquie depuis 1974.  

L’explosion, très forte, s’est produite aux environs de 12H00 locales dans le jardin d’un centre culturel de Suruç (sud), situé à une dizaine de kilomètres de la ville syrienne de Kobané d’où les jihadistes de l’EI ont été chassés en janvier après quatre mois d’intenses combats face aux milices kurdes de Syrie.

 

 

Dans un communiqué, le ministère de l’Intérieur turc a fait état de 27 tués et d’une centaine de blessés hospitalisés, insistant sur le caractère provisoire du bilan.

Peu de temps après, un responsable du bureau du Premier ministre turc interrogé par l’AFP a fait état de 28 morts.

«L’explosion a été provoquée par un attentat suicide», a précisé ce responsable sous couvert de l’anonymat, ajoutant que les autorités turques avaient «de fortes raisons» de croire que cette attaque terroriste avait été perpétrée par le groupe EI.

Une autre attaque

Peu après cette première explosion, une autre attaque à la voiture piégée a visé un barrage de sécurité établi par les milices kurdes dans le sud de Kobané, de l’autre côté de la frontière, a rapporté l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

«Un kamikaze a fait exploser un véhicule piégé à un point de contrôle dans le sud de Kobané. Deux combattants kurdes ont été tués par l’explosion», a déclaré à l’AFP Rami Abdel Rahman, le directeur de cette ONG qui dispose d’un très large réseau d’informateurs sur le territoire syrien.

Cette attaque quasi-simultanée côté syrien «renforce nos suspicions» envers le groupe État islamique, a indiqué à l’AFP le responsable turc.

Bloquer l'avancée des forces kurdes

L'attentat suicide intervient quelques semaines après le renforcement par les autorités turques de leur dispositif militaire à la frontière syrienne, au lendemain de la victoire remportée par les milices kurdes de Syrie face aux combattants jihadistes dans la bataille pour le contrôle d'une autre ville frontalière syrienne, Tall Abyad.
Selon les analystes, cette décision visait à la fois à contrer le groupe EI mais aussi à bloquer l'avancée dans le nord de la Syrie des forces kurdes, proches du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui mène depuis 1984 une rébellion contre Ankara.
La presse turque avait alors évoqué avec insistance l'hypothèse d'une opération militaire turque en Syrie. Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu avait toutefois écarté toute intervention imminente et "unilatérale".
Les pays occidentaux reprochent régulièrement au gouvernement d'Ankara sa neutralité, voire sa complaisance, vis-à-vis des organisations radicales en guerre contre le régime du président syrien Bachar al-Assad, dont l'EI.
La Turquie a toujours démenti ces allégations mais elle a jusque-là refusé de prendre part à la coalition militaire antijihadiste dirigée par les Etats-Unis.

"Un acte barbare" pour Poutine

Sous le feu des critiques de ses alliés, elle a toutefois depuis un an resserré ses contrôles dans les aéroports et à sa frontière pour empêcher le transit par son sol des recrues étrangères de l'EI en route vers la Syrie. Elle a aussi mené ces dernières semaines plusieurs opérations de police, très médiatisées, pour démanteler ces filières. "Il est clair que l'EI est devenu aux yeux des Turcs une menace", a commenté la semaine dernière à l'AFP un diplomate occidental.
Proche de M. Erdogan, le président russe Vladimir Poutine a dénoncé "un acte barbare " et appelé la communauté internationale à une "coordination active" contre le "terrorisme".
La ville de Suruç accueille des milliers de réfugiés kurdes de Syrie qui ont quitté la région de Kobané lors de l'offensive lancée par les combattants d'EI en septembre dernier.
Cette attaque et les violents combats qui ont suivi pendant quatre mois ont provoqué l'exode de quelque 200.000 personnes vers la Turquie voisine. Selon les autorités locales turques, seuls environ 35.000 Syriens ont regagné depuis leur pays.
Fin juin, le groupe EI a mené trois attentats suicides à Kobané. Les combats qui ont suivi ont entraîné la mort de plus de 200 civils. Les milices kurdes ont depuis repris le contrôle total de la ville.

 

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