Papyrus dit 33, puis adieu

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Début avril sortait ce qui restera le dernier album de «Papyrus». Une saga vieille de plus 40 ans sur laquelle revient Lucien De Gieter, son «papa».

Il est sorti dans un certain anonymat, le 3 avril. Trente-troisième titre d’une liste impressionnante, Papyrus Pharaon était pourtant le dernier volet d’une série installée dans le paysage de la bande dessinée franco-belge depuis plus de 40 ans. Et à laquelle Lucien De Gieter, son «papa» a décidé de mettre un terme.

Papyrus, pourtant, possédait toujours un public de fidèles, qui ont souvent vieilli avec lui. Mais à 82 ans, l’auteur brabançon a décidé qu’il était temps de ranger son crayon avant que la limite d’âge ne finisse par s’imposer à lui. « Je ne tremble pas, j’ai toujours la main assez sûre, c’est déjà ça, sourit-il après nous avoir guidé d’un pas alerte jusqu’au salon de son pavillon de Chaumont-Gistoux. Mais un album, de 44 planches, c’est un ou deux ans de travail durant lesquels vous y pensez et travaillez tout le temps. Je n’avais plus envie de ça: à 82 ans, je commence à être un peu fatigué. Vous verrez quand vous aurez mon âge…»

De Gieter, qui plus est, a débuté sa carrière de dessinateur sur le tard: il avait déjà 40 ans lorsqu’il a imaginé le personnage de Papyrus. Et comme souvent, tout a démarré presque par hasard pour celui qui avait déjà dessiné, dans les pages du journal Spirou, les aventures d’une petite sirène et d’un matelot (Tôôôt et Puit) et, plus tôt encore, de Pony et son cheval, un cow-boy qui avait le malheur d’être contemporain du Lucky Luke de Morris et Goscinny. Il a donc fallu à De Gieter puiser son inspiration ailleurs que dans le grand Ouest américain. C’est naturellement que l’Égypte s’est imposée à lui. «Je m’étais déjà penché sur le sujet pendant mes études de décoration à Saint-Luc. Et c’est ce qui est remonté à la surface, alors

Poussée dans le dos par les référendums, la série décolle immédiatement.

Un vrai bonheur doublé d’une obligation pour l’ami De Gieter: celle de potasser son sujet, et notamment le règne de Mérenptah, l’époque choisie pour installer l’intrigue de Papyrus. «Si je connaissais un peu l’histoire de l’Égypte, je n’étais pas égyptologue non plus. C’est d’ailleurs pour cela que les premiers Papyrus sont tant empreints de fantastique. Entre-temps, j’ai énormément lu sur le sujet, et pris contact avec des égyptologues, des vrais, dont certains sont devenus des amis.» L’auteur, méticuleux, s’est aussi rendu plusieurs fois en Égypte. «Ça fait bien cinq ou six ans que je n’y suis pas retourné. Il y a eu des attentats, et on ne peut plus, désormais, passer plus de dix minutes à dessiner un temple ou un monument. Ça ne correspond pas à ma méthode de travail.»

Ça tombe bien puisqu’il est désormais à la retraite. Et si l’homme n’est pas du genre à manger sa parole, il n’exclut pas, par contre, que Papyrus puisse être repris un jour par un autre: «Ça ne me dérangerait pas. La question, c’est de savoir s’il est encore à la mode. Graphiquement, en 40 ans, les choses ont beaucoup changé quand même. Maintenant, c’est vrai qu’on édite tellement de choses bizarres, aujourd’hui… (il rit)»