WALLONIE

Taxe kilométrique: les critiques fusent, la manifestation arrive

Taxe kilométrique: les critiques fusent, la manifestation arrive

Demain, les routes vers Bruxelles risquent d’être fortement encombrées par les camions qui iront manifester dans la capitale. BELGAIMAGE

Les chauffeurs routiers manifesteront demain à Bruxelles contre la taxe kilométrique. L’Union Wallonne des Entreprises et le secteur de la distribution dénoncent aussi une taxe qui ne sera pas efficace et va pénaliser l’économie et les consommateurs.

Tandis que les canons s’échauffent à Waterloo, les boulets sifflent déjà aux oreilles du gouvernement wallon. À la veille d’une manifestation prévue demain à Bruxellespar l’Union professionnelle du transport et de la logistique (UPTR) et les deux autres fédérations du transport contre la taxe kilométrique pour les poids lourds, les critiques fusent de toutes parts.

L’Union Wallonne des Entreprises (UWE) a ouvert le feu en rappelant que cette taxation aurait des répercussions négatives sur la rentabilité du secteur, l’emploi ainsi que sur les prix à la consommation (+0,5% en moyenne déjà annoncé dans le secteur de la grande distribution).

Bien qu’elle rappelle qu’elle n’était pas opposée au principe d’une telle taxe, l’UWE estime que telle que l’a décidé le gouvernement wallon elle ne rencontre les critères d’une «fiscalité juste, intelligente, équilibrée et ne pénalisant pas le tissu économique régional vis-à-vis de ses voisins».

Autrement dit, l’UWE qui espérait voir venir des compensations ne voit débouler sur l’autoroute que la seule taxe. Or, note l’Union, une étude socio-économique de l’UCL démontre que la taxe aura des «impacts significatifs sur plusieurs secteurs étudiés (industrie extractive, produits agricoles non transformés, collecte et transformation du lait, sidérurgie, commerce et distribution de carburant, recyclage des déchets de construction et de démolition, transport pour compte de tiers)» et que ces secteurs «seront impactés directement dans leur compétitivité avec des pertes de parts de marchés et des pertes d’emplois à la clé».

«Taxez aussi les voitures!»

Ce mercredi le secteur de la grande distribution a aussi rappelé tout le mal qu’il pense de cette taxe telle que libellée et pour laquelle c’est le consommateur qui paiera l’addition finale.

«Nous appelons les trois Régions à revoir leur copie avant qu’il ne soit trop tard. Ne taxez pas uniquement les camions: les véhicules particuliers ont aussi leur part de responsabilité dans les embouteillages», dit Comeos, le représentant du secteur. Qui plaide pour une modification de la tarification annoncée afin de plutôt encourager les chauffeurs à rouler en dehors des heures de pointe.

Une taxation variable en fonction du lieu et de l’heure du déplacement pénaliserait ainsi bien moins le secteur du transport routier tout déplaçant un tiers de ses déplacements en dehors des heures de pointe, estime Dominique Michel, le patron de Comeos.

Ces revendications ne sont pas neuves et n’ont pas empêché le gouvernement wallon (mais aussi flamand) d’entériner cette mesure qui prendra effet en janvier 2016.

Demain, dès 11 heures dans les rues de Bruxelles, les chauffeurs routiers les répéteront pourtant encore. Au son des klaxons de leurs poids lourds et alors que les représentants des fédérations de transport rencontreront les différents ministres régionaux concernés. Avec l’objectif de leur faire enclencher la marche arrière sur cette taxe au kilomètre.

Le secteur du transport « est sinistré »

« Notre secteur est sinistré », insiste M. Degraef. « Deux facteurs expliquent cette situation. Nous sommes 15% plus chers que nos concurrents français, hollandais et luxembourgeois et l’élargissement de l’UE nous a également touchés. Pour le même boulot, un chauffeur belge à l’international va coûter 5.600 euros par mois à son employeur, alors qu’un Slovaque coûtera 2.400 euros. Faites le compte ! Le calcul est vite fait. »

Les transporteurs belges ne sont donc plus assez compétitifs, selon la Fédération, qui souligne que 88% des camions circulant en Wallonie sont immatriculés hors de cette Région. « Nous n’effectuons plus que des courtes distances. Les transporteurs ne vont plus au-delà de Dijon ».

La FEBETRA attend donc un plan de relance et estime que ce n’est pas la nouvelle taxe qui va améliorer la situation. « Nous ne pouvons pas accepter cette mesure ! Il y aura des répercussions sur le client ou de nouvelles faillites. C’est pour cette raison que nous serons dans les rues de Bruxelles demain ».

Le transport belge représente 1,9% de tous les transports dans l’UE. Et l’activité internationale a chuté de 55% depuis 2004.

Depuis 2009, 610 entreprises de transport ont disparu et 6.000 postes de travail ont été supprimés en Belgique.