Drogues : « Ne dites plus “salle de shoot” »…

Drogues : « Ne dites plus “salle de shoot” »…

A Liège, au centre Tadam, une partie des consommateurs préféraient inhaler l’héroïne médicale (diacétylmorphine) au lieu de se l’injecter. Mais par injection ou par inhalation, chaque consommation était surveillée, seconde après seconde. EPA/MICHAEL REYNOLDS EPA

La première salle de consommation d’héroïne médicale va ouvrir à Paris. Et chez nous? Il fut un temps où les Belges se montraient avant-gardistes en la matière. Mais aujourd’hui, c’est «niet»!

Certaines villes expérimentent depuis des années ces politiques de réduction des risques innovantes: les salles de consommation de drogues sous supervision médicale existent depuis longtemps en Suisse, par exemple. L’Allemagne, l’Espagne et les Pays-Bas se sont aussi lancés.

Chez nous, Liège a aussi expérimenté pendant deux ans l’encadrement des héroïnomanes avec un traitement à base d’héroïne médicalisée.

En France, la première «salle de consommation à moindre risque» pour héroïnomanes devrait ouvrir à Paris d’ici 2016. Pas sans mal… Les controverses accompagnent inévitablement ce genre d’expériences. Surtout avec des riverains mal informés et souvent affolés par des appellations comme «salles de shoot».

Paris se lance, après les Liégeois

À défaut de pouvoir implanter des locaux ad hoc comme prévu près de la gare du Nord parisienne pour cause de fureur des riverains, la salle devrait trouver refuge tout près de là, à l’hôpital Lariboisière, l’année prochaine. Avec un accès séparé pour les consommateurs, tous majeurs.

Début avril, l’Assemblée nationale avait adopté en première lecture le principe des «salles de shoot», pendant six ans maximum. Le Sénat se penchera sur la question à l’automne.

Et chez nous? Via le projet Tadam, Liège a testé pendant deux années (2011-2013) le traitement par diacétylmorphine auprès de 74 patients, tous héroïnomanes depuis longtemps. Pour eux, le traitement médical assisté est souvent le seul espoir de s’en sortir.

Politiquement, le consensus était complet en Cité ardente. Tout comme la collaboration avec les services de police, de la Justice, du monde médical et scientifique.

Des conclusions scientifiques positives

Résultats: l’équipe scientifique de l’Université de Liège qui encadrait l’expérience pilote a conclu que ce traitement à l’héroïne médicale était plus efficace que la méthadone (traitement de substitution classique), pour les usagers extrêmement dépendants de l’héroïne de rue. Le «noyau dur» , comme on dit. Ceux qui ont échoué avec la méthadone ou d’autres méthodes de traitement.

Les conditions de consommation se déroulent dans des conditions d’hygiène et de sécurité inédites pour ce type de public. Sans pour autant susciter un trafic quelconque ou une recrudescence de l’insécurité dans le quartier concerné.

Poursuivre? Le «non» du fédéral

Et maintenant? Même si les Régions ont hérité d’une partie des matières «Santé» dans le paquet de compétences transférées du fédéral, rien ne peut se faire réellement sans celui-ci. Ainsi, pour légaliser le produit, il faut déjà modifier une loi de 1929.

Le fédéral a donc toujours son mot à dire. Et il l’a d’ailleurs dit récemment, au député-bourgmestre de Liège Willy Demeyer (PS). Celui-ci proposait d’autoriser les «salles de consommation à moindre risque».

La réponse a été claire: le fédéral ne souhaite pas poursuivre les projets de réduction des risques de ce type. Et pas question d’organiser des auditions non plus en commission de la Chambre.

L’état des lieux des Wallons

Dans la déclaration de politique régionale en Wallonie, on peut lire au moins ceci au chapitre de la lutte contre les assuétudes: «le gouvernement va évaluer où et à quel coût il pourrait être pertinent de développer en Wallonie le traitement par diacétylmorphine à destination des héroïnomanes de longue durée, réfractaires à tous les autres traitements».

Au Parlement wallon, la députée PS Anne Lambelin a donc interrogé le ministre de la Santé Maxime Prévot (cdH) au début du mois de mai. «Quelles sont les positions du ministre sur ces projets? En quoi la Région wallonne pourrait-elle intervenir en vue de soutenir le centre Tadam et d’autres initiatives de réduction des risques?»

Mais le ministre Prévot n’a pas été plus loin. «Un état des lieux sur la diversité des structures, leur modalité de financement et leur répartition géographique est en cours», a-t-il notamment répondu. La question est sans doute venue trop tôt.

Stop au simplisme

En attendant, la députée socialiste aimerait au moins qu’on communique autrement sur ces dossiers. Qu’on cesse par exemple de parler de «salle de shoot», une formule «injustement préférée au terme exact “salle d’encadrement à la consommation”».

Ou qu’on laisse tomber la racoleuse expression «distribution gratuite d’héroïne». «Un traitement médical à la diacétylmorphine est loin d’être une distribution gratuite d’héroïne», insiste encore Anne Lambelin.