ESPAGNE

Municipales en Espagne : forte poussée des « indignés » à Madrid et Barcelone

Municipales en Espagne : forte poussée des « indignés » à Madrid et Barcelone

- AFP

Les listes issues du mouvement des «indignés» étaient au coude-à-coude avec les conservateurs à Madrid et Barcelone, au terme d’élections municipales et régionales très attendues où les Espagnols ont infligé une correction à l’establishment politique.

Aucun parti ne s’approchait toutefois de la majorité absolue dans la capitale et la deuxième ville d’Espagne, ce qui laisse prévoir des tractations délicates entre conseillers municipaux, chargés d’élire le maire.

La liste de l’ancienne juge «rouge», Manuela Carmena, 71 ans, Ahora Madrid, soutenue par plusieurs formations très à gauche dont la jeune Podemos, arriverait en tête à Madrid, avec 20 à 23 élus, selon une enquête de TNS Demoscopia.

Esperanza Aguirre, du Parti populaire (PP, droite), dont la capitale est un fief depuis 1991, la talonne cependant avec 19 à 22 sièges.

Les socialistes seraient relégués à la troisième place.

À Barcelone, une liste électorale emmenée par la militante anti-expulsions Ada Colau et comprenant également Podemos, «Barcelone en commun», arrive en tête avec 10 à 12 élus. Elle aussi est talonnée par l’équipe du maire sortant, le nationaliste conservateur (CiU) Xavier Trias (9 à 11 élus).

Un autre sondage, de Gad3, donne cependant les résultats inverses mais toujours au coude-à-coude: PP en tête avec 21 à 23 à Madrid suivi de la liste de Manuela Carmena (17 à 19 conseillers). À Barcelone, CiU décrocherait 11 à 12 élus contre 10 à 11 pour Barcelone en Commun.

En revanche, pour les régionales, le PP se maintiendrait au pouvoir dans la région de Madrid, son bastion avec celle de Valence.

Les Espagnols ont voté jusqu’à 20h00 (18h00 GMT) dimanche pour élire quelque 8.122 maires mais aussi pour renouveler les Parlements de 13 des 17 régions.

Ces élections étaient très attendues après des années de crise et d’austérité ayant ébranlé les fondements de cette jeune monarchie parlementaire née après la mort du dictateur Francisco Franco, fragilisés aussi par une corruption endémique, touchant l’ensemble de l’establishment.

En mars, lors d’élections anticipées en Andalousie, les électeurs avaient déjà montré leur attirance pour deux nouvelles formations, Podemos, antilibérale et d’extrême gauche, et Ciudadanos, de centre-droit, se définissant comme un parti progressiste et très libéral sur le plan économique.

Les socialistes (PSOE) l’avaient emporté suivi du PP mais ces deux partis, qui dominaient depuis 1982 la vie politique espagnole ont du céder du terrain à Podemos (3ème) et Ciudadanos.

Les deux grands partis de gouvernement espagnols espéraient éviter une correction sévère, alors que le mot d’ordre pour beaucoup dimanche était «botar» (chasser) plutôt que «votar» (voter).

Après presque six ans de crise, l’Espagne 2.0 pourrait commencer à les délaisser «pour la nouvelle politique» incarnée par Podemos, allié du parti grec Syriza ou Ciudadanos, de centre-droit, formations fondées par des trentenaires: le professeur de Sciences Politiques Pablo Iglesias (956.000 abonnés sur Twitter, soit 150.000 de plus que Rajoy) et l’avocat Albert Rivera.

Des milliers de jeunes ont émigré pour fuir le chômage touchant la moitié d’entre eux et encore 23,7% de la population active. Le tout dans un climat délétère alimenté par d’innombrables affaires de corruption en pleine cure d’austérité.

D’où les difficultés du PP à convaincre du risque posé par les «expérimentations» de Ciudadanos ou Podemos, qualifié par le PP de formation «bolchévique».

La confrontation de Madrid a opposé essentiellement «l’animal politique» du PP, Esperanza Aguirre, 63 ans, comtesse et ex-présidente du Sénat, de l’aile dure, capable de danser en robe traditionnelle et de promettre que la mairie «ne fera pas de zèle pour prélever les amendes», à Manuela Carmena, militante communiste opposée à Franco dans ses jeunes années, l’air posé mais ferme.

À Barcelone, Ada Colau, 41 ans, égérie des «indignés», fondatrice d’une plateforme luttant contre les expulsions de logements, pourrait, elle, ravir la place à Xavier Trias, 68 ans, un nationaliste conservateur.