TOUS LES CHATS SONT GRIS

Esprits de famille

Plus surprenant qu’il n’y paraît, le premier film de Savina Dellicour propose une réflexion intelligente autour de la paternité. Et, plus largement, de la famille. Pas mal.

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TOUS LES CHATS SONT GRIS

Drame familial de Savina Dellicour. Avec Bouli Lanners, Anne Coesens et Manon Capelle. Durée: 1h30.

 

Savina Dellicour est une une jeune femme qui sait ce qu’elle veut, quitte à y mettre le temps. La réalisatrice, formée à l’IAD puis à l’école de télévision anglaise (elle a réalisé plusieurs épisodes du soap Hollyoaks) aura mis huit longues années à concrétiser son premier long-métrage, entre écriture, réécriture, financement et production.

Huit ans après, donc, sort enfin Tous les chats sont gris, un film 100% belge, chose rare s’il en est, ce qui lui a permis de ne céder à aucune des concessions qu’impose généralement la coproduction, qu’elle soit luxembourgeoise ou, plus encore, française. Conséquence la plus évidente: le casting, de haute volée, fait la part belle aux talents de chez nous, ceux que l’on cantonne généralement aux seconds rôles dans les productions hexagonales.

Il y a là Anne Coesens (Illégal), en mère un peu dépassée par son adolescente de fille, laquelle cherche désespérément l’identité d’un (vrai) père qu’elle n’a jamais connu. Et, face à elle, Bouli Lanners, précisément touchant dans ce rôle de père absent, devenu détective pour gagner la marge de la société. Et qui n’aimerait rien tant que de se rapprocher de cet enfant qui lui a tant manqué. Aussi, lorsque la frêle jeune fille vient frapper à sa porte pour lui demander de retrouver la trace d’un géniteur qu’elle fantasme depuis l’enfance, son cœur ne fait qu’un bond. Alors, il hésite: révéler le pot aux roses, oui ou non?

On vous l’accorde: voilà un concours de circonstances tiré par les cheveux et assez peu vraisemblable. Comme l’est, finalement la première partie d’une œuvre délicate qui semble alors se diriger vers un énième mélodrame familial comme notre cinéma en propose trop souvent. C’est pourtant tout le contraire qui se produit ensuite.

Bien plus inattendu qu’il n’y paraît ce premier film de Savina Dellicour gagne, et en densité, et en qualité, au fil des minutes. Happe peu à peu le spectateur, intrigué par les chemins de traverse empruntés par la réalisatrice, qui déroule ici des thèmes universels, essentiellement liés à la filiation ou à l’adolescence. Et qui, tous, tournent finalement autour d’une question centrale: c’est quoi, être père? Et, plus largement: c’est quoi, une famille? Un chemin tout tracé ou une voie encore à défricher?

Bien entendu, Tous les chats sont gris n’est pas exempt de certaines maladresses (qui font aussi son charme). Le jeu des jeunes actrices, par exemple, manque quelque peu de spontanéité. Et la réalisation d’un poil d’audace. Mais ce petit film tout en simplicité possède, à l’évidence, une véritable identité qui lui permet de sortir du lot. D’une courte tête, mais d’une tête tout de même.