«La Belgique quasi-contrainte d’acheter le F-35 si elle conserve sa mission nucléaire»

«La Belgique quasi-contrainte d’acheter le F-35 si elle conserve sa mission nucléaire»

«?Si l’aspect nucléaire est contenu dans le RFP, c’est ouvrir une voie royale au F-35?». Archives Reporters

Par quoi remplacerons-nous nos chasseurs-bombardiers F-16? Des experts et des industriels indiquent qu’un seul critère contenu dans le cahier des charges – la capacité d’emporter une bombe nucléaire – risque de biaiser la compétition et de favoriser le F-35 américain face à ses quatre concurrents potentiels.

« Si l’aspect nucléaire est contenu dans le RFP (le « Request for Proposal », l’appel d’offres que la Défense doit émettre – avec plusieurs mois de retard – à l’automne), c’est ouvrir une voie royale au F-35 », a résumé un industriel interrogé par l’agence Belga.

Des cinq types actuellement en lice pour la succession, à partir de 2023, des F-16 vieillissants – il s’agit outre du F-35 Lightning II de Lockehed Martin, du F/A-18E/F Super Hornet de Boeing, du Rafale F3R de l’avionneur français Dassault, du JAS-39E/F Gripen de Saab et de l’Eurofighter d’Airbus Group – seul le premier sera à terme capable d’assurer la mission de « strike » (attaque) nucléaire en emportant une bombe à gravitation américaine de type B-61.

La Belgique assume depuis des décennies des tâches nucléaires au sein de l’Otan, mais leur nombre s’est réduit à une seule : celle confiée aux chasseurs-bombardiers stationnés à Kleine-Brogel (des F-84F, puis des F-104G et depuis 1982 des F-16A). Ces avions sont capables d’emporter et de larguer une bombe nucléaire américaine B-61, même si la présence de ces engins sur la base limbourgeoise – de dix à vingt, selon des estimations officieuses – n’est en général « ni confirmée, ni démentie ».

L’actuel ministre de la Défense, Steven Vandeput (N-VA), a laissé entendre le mois dernier que les exigences précises auxquelles devront répondre les avions qui succéderont aux F-16 seront déterminées dans le plan stratégique qu’il prépare afin de le soumettre dans les prochaines semaines au gouvernement.

« Les spécifications techniques dépendront du niveau d’engagement et on en décidera dans le plan stratégique qui définira ce qu’on attend exactement d’un avion de chasse », avait-il indiqué en commission de la défense de la Chambre, sans donner d’autre précision sur ce point.

Si la Belgique décidait de conserver cette unique tâche nucléaire et que le RFP confirme ce besoin à l’automne, seul le F-35A – la version terrestre du nouveau chasseur américain aussi appelé « Joint Strike Fighter » (JSF) et présenté comme étant « de cinquième génération » – sera en mesure d’y répondre.

Cet appareil est en effet conçu comme étant à double capacité (conventionnelle et nucléaire) et devrait pouvoir emporter une bombe B-61 dans une phase ultérieure de son développement, sans doute à partir de 2022. Ce qui n’est pas le cas pour les autres prétendants au marché belge, à l’exception toutefois du Rafale français. Le F/A-18E/F Super Hornet de Boeing n’est pas capable d’assurer une mission nucléaire, a confirmé jeudi à l’agence Belga un expert des questions nucléaires, Hans Kristensen, de la Fédération des scientifiques américains (FAS). Le gouvernement suédois a pour sa part interdit à son avionneur national, Saab, toute vente de Gripen pouvant emporter une bombe atomique. Quant à l’Eurofighter d’Airbus Group, il a été conçu au départ comme un chasseur et n’acquiert que très lentement des capacités d’attaque au sol. Aucun des pays utilisateurs européens (Allemagne, Grande-Bretagne, Italie, Espagne et Autriche) n’envisage cependant de lui donner une capacité nucléaire.

Reste le cas du Rafale français. Cet appareil, que son constructeur Dassault présente comme « omnirôle », est bien capable d’emporter un engin nucléaire. Mais il s’agit du missile ASMP-A (air-sol moyenne portée amélioré), un engin affecté à la dissuasion nucléaire française et difficilement exportable, avec sa portée maximale estimée à quelque 500 km. Quant à l’intégration d’une bombe B-61 américaine sur le Rafale, elle apparaît comme politiquement irréaliste et financièrement très coûteuse, soulignent des industriels et des experts.