Melchior Wathelet n’est plus en politique

Le départ de Melchior Wathelet était attendu. Depuis les élections du 25 mai 2014, un ressort était cassé. BELGA

Melchior Wathelet quitte définitivement la politique: son annonce, hier, a eu des allures de chronique d’un départ attendu.

«Aujourd’hui, je clôture un chapitre important et intense de ma carrière»: Melchior Wathelet, ancien et éphémère ministre de l’Intérieur et vice-Premier cdH, et surtout ex-secrétaire d’État en charge, successivement, du Budget, de l’Asile et de la Migration, de la Politique familiale et des Institutions culturelles fédérales; puis des Réformes institutionnelles, de l’Énergie, de l’Environnement, et de la Mobilité, a annoncé, hier, de manière laconique l’abandon de toutes ses fonctions politiques. Il l’a fait par un communiqué du groupe Xperthis (cf. ci-contre) où il va entrer comme observateur le 15 avril, et dont il deviendra l’administrateur-délégué à la mi-juin. Et il nous a fait savoir qu’il s’en tiendrait à ce communiqué. Ce qui traduit, sans doute, une certaine amertume, au moment de clore à 37 ans une carrière politique de douze ans.

Nouveau défi

«Ce nouveau défi constitue une opportunité de mettre mon expérience au service d’une entreprise, de ses collaborateurs et de ses clients. Plus que jamais, le monde politique et celui des entreprises ont besoin de collaboration et de compréhension mutuelle. Et cela est uniquement possible en améliorant la mobilité entre les entrepreneurs et les hommes et femmes politiques. ( … ) Il est temps pour moi de concrétiser cette mobilité» argumente Melchior Wathelet.

Ce texte résonne comme la chronique d’un départ annoncé: depuis la démission du gouvernement Di Rupo, et le choix du cdH de ne pas s’associer au MR pour constituer une nouvelle majorité avec le CD&V, l’Open vld, et la N-VA, l’ancien ministre, toujours conseiller communal à Verviers, ne cachait pas sa volonté de quitter la politique.

À l’été 2014, il avait tenté, en vain, de se faire désigner administrateur-délégué de Fluxys, l’opérateur gazier. Son second essai aura été le bon.

De retour sur les bancs de la Chambre, où il avait été élu pour la première fois en 2003, et où il était devenu chef de groupe en 2005, il n’avait pas brigué cette fonction. Pas uniquement parce que l’usage – qui ne s’est pas imposé à Laurette Onkelinx au PS – le proscrit pour un ministre sortant de charge: il s’est en même temps cantonné dans un strict anonymat.

En 2004, Melchior Wathelet avait aussi été promu vice-président du cdH: il participera, à ce titre, aux côtés de Joëlle Milquet aux négociations fédérales de 2007,2009, et 2011.

C’est le temps où il mène un parcours sans faute ou presque. En 2011, il est question de son déménagement à Liège pour les communales de 2012: les humanistes de la Cité Ardente lui feront barrage et intégreront l’ancienne journaliste de la RTBF, Anne Delvaux. On sait ce qu’il en est advenu.

Non-dit

En février 2014, c’est le piège: secrétaire d’État à la Mobilité, Melchior Wathelet applique un accord gouvernemental sur le survol de Bruxelles, au départ de l’aéroport de Bruxelles-National. En quelques semaines, la capitale se couvre d’affichettes dénonçant le «plan Wathelet». Et au soir des élections du 25 mai, Joëlle Milquet lui impute le faible résultat du cdH à Bruxelles.

Pour Melchior Wathelet, c’en est trop. Dans son communiqué de sortie, tout est dans le non-dit: les mercis qu’il formule – à ses électeurs; à ses collaborateurs; à Benoît Lutgen, président du cdH à qui il souhaite «plein de succès» – ne sont pas adressés à une personne: Joëlle Milquet. Celle qui l’a fait. Puis qui l’a «tuer».