CATASTROPHE

Gros succès, l’Airbus A320 avait mal débuté sa carrière avec le crash d’Habsheim

Depuis le vol du premier Airbus A320 en 1987, plus de 11 500 exemplaires de cet avion moyen-courier ont été commandés, ce qui en fait un des appareils les plus vendus dans le monde. Tout avait pourtant mal débuté, avec le crash mortel de Habsheim lors d’un meeting de présentation.

Au début des années 1980, le marché des transporteurs court et moyen-courrier de 100 à 200 places était en plein développement et, après le succès des A300 et A310, Airbus annonçait son intention de développer son premier monocouloir. La compagnie ciblait alors non le Boeing 737, l’avion le plus vendu au monde, mais le marché ouvert par l’arrivée en fin de vie des B727. Un segment très important pour le constructeur européen, dominé par ses concurrents américains Boeing et McDonnell Douglas.

Un vol de démonstration qui tourne mal

Le programme de l’A320 est officiellement lancé le 2 mars 1984, avec le soutien du gouvernement français et déjà 80 commandes fermes de la part de cinq compagnies. Le nouvel avion d’Airbus est présenté au public à Toulouse lors d’une fastueuse cérémonie en février 1987 et le premier appareil, livré en mars 1988, est mis en service par Air France. L’avion est révolutionnaire à sa sortie avec ses commandes de vol électriques gérées par ordinateur et son équipage ramené de trois à deux pilotes.

Mais l’aventure débute mal. Le 26 juin 1988, l’A320 F-GFKC d’Air France se présente train et volets sortis pour une présentation lors d’un meeting aérien au-dessus de l’aérodrome de Habsheim, proche de Mulhouse. Le but de la manœuvre est de passer à très basse altitude, et basse vitesse, à l’angle d’exploitation maximum de l’appareil au-dessus de l’aérodrome. À bord pour ce court vol de démonstration, outre les six membres d’équipage, 130 passagers, quelques journalistes et des personnes faisant un baptême de l’air sur cette nouvelle génération d’avion, vanté pour être «le plus sûr au monde».

Quatre accidents mortels en cinq ans

Le crash d’Habsheim causera la mort de trois passagers, une centaine d’autres étant blessés. Il sera à l’origine des controverses sur la «fiabilité affirmée» de l’avion et plus particulièrement sur celle de l’informatique embarquée, ainsi que sur le principe du «pilotage à deux», qui suscitera un mouvement de grève des navigants chez Air Inter. À ses débuts, l’A320 connaître pas moins de quatre accidents mortels en cinq ans. Après celui de Mulhouse Habsheim, le deuxième crash, lors d’une approche ratée de l’aéroport de Bangalore en Inde, fera 92 morts en février 1990. Le troisième s’était produit aussi en France, en janvier 1992, également sur une approche ratée, au Mont-saint-Odile près de Strasbourg et avait causé la mort de 87 personnes.

Mais si la polémique qui a suivi son lancement a retardé les commandes initiales de l’A320, l’appareil n’ayant aucun concurrent équivalent pendant longtemps sera un grand succès commercial pour Airbus. La famille de l’A320 regroupe quatre types d’appareils, avec deux versions raccourcies (A318 et A319) et une version rallongée (A321) ainsi que des versions fret ou jet d’affaires. Il existe désormais dans une version remotorisée dit «famille A320neo» (new engine option), moins gourmand en kérosène.

Les compagnies aériennes belges Brussels Airlines et Thomas Cook disposent d’une série d’A320 dans leur flotte. Thomas Cook dispose durant l’été, en haute saison, de six appareils Airbus, dont cinq A320 tandis que du côté de Brussels Airlines, la flotte se compose de sept A320, auxquels s’ajoutent encore 17 A319. Par contre, Jetair utilise des appareils des constructeurs Boeing et Embraer.

À ce jour, 6194 appareils de la famille (A318, A319, A320, A321) sont en opération dans le monde, dont 3663 A320, selon des données communiquées par le constructeur. Le 6 000e appareil, livré le 10 février 2014, a fait de cet avion le deuxième plus vendu au monde, derrière le Boeing 737. Alors que le constructeur européen n’avait prédit que 600 exemplaires au lancement du programme.