Bruxelles : la Patinoire Royale rouvre au public

La façade est d’inspiration néoclassique. Elle est en effet ponctuée de sept pilastres avec des chapiteaux ioniques.EdA

À Saint-Gilles, la Patinoire Royale s'offre un nouveau tour de piste. Ce lieu magnifique et chargé d'histoire est actuellement transformé en galerie d'art, renouant ainsi avec le public lors d'expositions temporaires.

Une salle blanche, lumineuse, immense, impressionnante… Les adjectifs sont nombreux pour décrire l’espace qui se cache derrière la fa­çade néoclassique du n°15 de la rue Veydt, à Saint-Gilles. Ce lieu historique, quelque peu oublié des Bruxellois, retrouve son éclat sous l’impulsion de ses propriétaires actuels. Il s'agit de l’entrepreneur français Philippe Austruy et son épouse Valé­rie Bach qui l’ont acquis en 2007.

L’ancienne Patinoire royale, construite en 1877, est à l’origine une attraction incontournable de la capitale. Les Bruxellois l’appellent le “Royal Skating”, et on y vient de toute l’Europe pour effectuer des tours de pistes chaussés de patins à roulettes. A l’orée du XXe siècle, l’endroit est converti en une chaîne de montage Bugatti. Il abrite ensuite des armes et des véhicules de la Fabrique nationale et, dernièrement, des voitures de collection. Mais, aujourd’hui, le hangar est transformé en une galerie d’art. Ainsi, le lieu va à nouveau ouvrir ses portes au public, dès le 25 avril pour l’exposition inaugurale, intitulée “La Résistance des Images”.

Une rénovation moderne et respectueuse

C’est le bureau d’architecture Jean­-Paul Hermant qui se charge de la restauration du bâtiment. Il doit respecter certaines contraintes car la Patinoire royale est inscrite depuis 1995 sur la liste de sauvegarde de la Région bruxelloise comme Monument. “En fait, cela veut dire qu’on doit suivre les règles imposées pour la conservation des Monuments historiques, mais qu’on ne bénéficie pas de subside de la Région”, résume l’architecte Jean-­Paul Hermant. Les travaux de restauration et de transformation, qui ont cours depuis deux ans, allient le souci de la modernité au respect de l’architecture originale. L’architecte dépoussière notamment la rosace qui frappe le fronton du bâtiment et restaure les fenêtres dans la charpente de bois et de métal qui surmonte le futur espace d’exposition de 960 m2 .

Une intervention minimale mais forte

Jean-­Paul Hermant collabore avec le français Pierre Yovanovitch. Ce dernier a travaillé dans la mode avant de se consacrer au design et à l’architecture d’intérieur, sa passion. Il considère que les escaliers constituent la colonne vertébrale d’un bâtiment. Or, ceux qui courent le long des galeries secondaires de la Patinoire royale ne sont pas suffisants pour drainer le public d’un étage à l’autre. Il faut en imaginer d’autres. Pierre Yovanovitch installe donc une boîte blanche dans le cœur de la nef centrale. Son emplacement asymétrique dé­tonne mais assure un dynamisme à l’ensemble. D’un côté, on y descend à l’entresol, de l’autre, on y monte à l’étage en passant par une passerelle qui surplombe l’ancienne piste de patinage.

“Je voulais quelque chose de minimal mais de fort. J’ai l’impression que l’architecture doit s’effacer devant la beauté des lieux et des œuvres d’art qui seront exposées”, explique Pierre Yvanovitch. Même approche dans le hall d’entrée de la Patinoire royale : “Il y avait l’ascenseur qui ressortait comme une verrue. J’ai donc pris le parti de gommer cette excroissance en décalant légèrement le mur de biais. Quant au vide créé derrière, il servira de réserve.”

Une galerie historique et commerciale

Tout semble avoir été pensé pour la circulation des visiteurs et des potentiels acheteurs d’œuvres d’art. L’aile qui donne sur la rue Faider, la plus petite, est déjà occupée depuis 2012 par la galerie Valérie Bach. L’aile qui donne sur la rue Veydt, la Patinoire royale à proprement parler, accueille sa première exposition le 24 avril. Un immeuble voisin a également été acquis pour y aménager prochainement un restaurant. “L’entrée de la Patinoire royale sera gratuite mais tout, ou presque, sera à vendre”, explique son directeur, Constantin Chariot. Il s’agit bien d’une galerie, et non pas d’un musée, mais cette galerie est logée dans un lieu chargé d’histoire. Il vaudra toujours la peine d’en pousser la porte pour sentir l’ambiance du “Royal Skating” et imaginer les patineurs et les patineuses en costume d’époque se laissant élégamment glisser sur l’immense parquet qu’abritait la charpente Polonceau – du nom de l’ingénieur français qui en a déposé le brevet en 1837.