Manifestation des taxis à Bruxelles: "Un cri de désespoir", explique un vieux taximan

Manifestation des taxis à Bruxelles: "Un cri de désespoir", explique un vieux taximan

Après 42 ans de carrière, Claude regarde dans son rétroviseur et ce qu'il voit l'inquiète beaucoup. EdA

Claude promène son taxi dans les rues de Bruxelles depuis 42 ans. Il a pu voir sa profession évoluer au fil du temps, et aujourd'hui il est très inquiet. C'est pourquoi il participe à la manifestation de ce mardi.

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"Même si je prends ma pension au premier juillet de cette année, je me sens solidaire des jeunes", explique Claude en poussant timidement sur son klaxon pour participer au concert qui fait rage dans le boulevard Émile Jacqmain. "La situation est grave. On a fait la guerre aux "taxis pirates" pendant des années et, aujourd'hui, on s'apprête à permettre à n'importe qui de transporter les gens d'un endroit à l'autre de la ville contre une rémunération qui peut varier."

Ce taximan et ses collègues envahissent les rues de Bruxelles et klaxonnent de la Gare du Nord au quartier européen pour protester contre le Plan Taxi du ministre bruxellois de la Mobilité, Pascale Smet (S. PA). Celui-ci propose en effet un cadre légal à Uber et à d'autres plateformes qui offrent à n'importe qui de s'improviser taximan.

"Je suis désolé, mais pour moi, c'est du dumping social. Ces gens vont travailler pratiquement "au noir", alors que nous, les taximen, nous devons payer des charges sociales, nous devons régler une assurance (qui tourne autour de 3 600 euros), nous devons passer un contrôle technique tous les six mois, ainsi qu'un contrôle médical tous les cinq ans, et nous devons aussi rendre tous les ans une fiche de bonne vie et moeurs. Avec toutes ces contraintes, on ne peut pas lutter contre la concurrence déloyale de Uber et des autres plateformes", dénonce Claude.

Un avenir morose pour l'Europe

Finalement, ce taximan à l'accent bruxellois, qui discute volontier avec ses clients, s'inquiète de l'ambiance qui règne dans la capitale européenne: "Nous sommes arrivés à un point ultra-critique. Si le ministre Pascal Smet ouvre la porte à Uber et aux autres plateformes qui proposent le transports dans la ville par des particuliers, quel signal est-ce qu'on donne? Est-ce qu'après ça, on peut encore avoir l'impression qu'on protège les travailleurs? Je ne crois pas. Et je souhaite sincèrement bonne chance aux jeunes qui se lancent dans la profession de taximan... Quand je pense qu'il y a 20 ans, je travaillais 6 heures par jour et qu'aujourd'hui, je dois en travailler 12 pour gagner ma vie... Je ne suis pas faché de prendre bientôt ma retraite."