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Les usagers du Thalys wallon ne se résignent pas

Les usagers du Thalys wallon ne se résignent pas

Les usagers du Thalys commencent à se mobiliser sur les réseaux sociaux pour dire non à sa suppression, au 1er avril. BELGA

Une page Facebook recense les doléances des usagers du Thalys wallon. Qui invitent à pétitionner contre la suppression de la liaison vers Paris.

La page Facebook s’intitule «Sauvons le Thalys wallon», un titre qui résonne comme un défi face à la décision fédérale de supprimer la seule liaison TGV directe entre Namur, Charleroi, Mons et Paris. De partout, c’est l’indignation qui s’exprime au regard d’une décision perçue comme fortement teintée de communautaire.

Cette page apparue sur internet, on la doit à Julien Wilmart, un professeur agrégé en histoire originaire de Jemeppe-sur-Sambre, qui suit depuis 2013 un doctorat à la Sorbonne à Paris. Pour lui, le TGV wallon est un lien vital entre Paris, son lieu de travail, et sa région d’origine. C’est son mode de transport privilégié.

Lancée fin février, la page «Sauvons le Thalys wallon » comptait déjà 585 sympathisants hier, en milieu de journée. Julien Wilmart y a glissé plusieurs lettres ouvertes à destination du Premier ministre et de la ministre de la Mobilité et de la SNCB, Jacqueline Galant, soit deux représentants du seul parti francophone en majorité au Gouvernement fédéral, le MR.

Le chercheur en histoire incarne bien le mécontentement des usagers wallons. Petit passage en revue de ses arguments.

1. La sécurité: un faux argument, selon lui. La suppression n’est pas due au problème ETCS, «puisque les rames n’ont besoin que d’une mise à jour de logiciel, relativement rapide à opérer et même s’il ne fallait en équiper qu’une ou deux pour la dorsale wallonne. »

2. Un préjudice concret: «142 000 voyageurs, touristes, étudiants, travailleurs, que vous privez de la seule et unique liaison dont ils disposaient pour se rendre sur leur lieu de travail, à Paris; une région entière (une capitale régionale, une première métropole et une capitale européenne de la culture) que vous privez d’une liaison internationale et dont vous encouragez l’isolationnisme en transformant un peu plus la Wallonie en un désert économique. Cela fait 10 ans, pour ma part, que j’emprunte cette liaison: quelles alternatives crédibles ai-je à ma disposition? Aucune, car ne venez pas me parler du transit par Bruxelles qui me coûterait 3 fois mon budget mensuel en billets de train Thalys et me ferait voyager deux fois plus longtemps. »

3. Le service public: Dans les lettres ouvertes, on déplore que la notion de service public ne soit pas entrée en ligne de compte: « Je n’ai pas une seule fois entendu parler votre premier ministre, Charles Michel, ou votre ministre, Jacqueline Galant, du bien-être et de l’intérêt des voyageurs et des navetteurs. Mais après tout, en quoi cela vous intéresse-t-il puisque, semble-t-il, il n’y a que l’argent qui compte dans votre bouche ? Votre communiqué de presse sur la suppression du Thalys wallon était synonyme de rendement et de bénéfices, non pas de navetteurs et de bien-être humain.

J’étais à Paris Nord ce soir, pour constater le départ de deux Thalys: l’un vers Bruxelles (19h22), l’un vers la dorsale wallonne (19h46). Le premier était rempli à moins de 50% (photos à l’appui, 1 place à peine sur 7-8 était occupée par voiture).

Le second, vers la Wallonie était rempli à plus de 70% (il ne restait à peine que 7 ou 8 places de libre par voiture).

La suppression du Thalys wallon ne serait-elle pas plutôt le résultat de votre soumission aux pressions flamandes de votre majorité, dont vous êtes minoritaires ? »

Une pétition

De son côté, le Jambois Fabrice Thomas a mis en ligne une pétition sur www.lapetition.be pour dire non à la suppression du Thalys wallon. Elle a déjà dépassé la barre des 1000 signatures.

Et parmi les commentaires, beaucoup de signataires mettent l’accent sur le lien culturel entre Paris et la Wallonie. Un peu comme si, en Flandre, on avait supprimé la ligne TGV entre Anvers et Amsterdam.

 

Quelles alternatives crédibles ?

Julien Wilmart dénonce l’absence d’alternatives crédibles dans le chef du gouvernement fédéral. «Depuis Charleroi, première ville wallonne, il faut compter 1h25 de trajet et de temps de correspondance pour prendre un Thalys à Bruxelles-Midi: le voyage prendra environ 3 heures au lieu de 1h55 actuellement.

Pour un TGV à Lille, c’est 2hde tortillard sur la dorsale. Temps total: plus de 3 h. Quant à passer par Valenciennes et Maubeuge, peine perdue: cela fait longtemps que la SNCB et la SNCF se sont entendues pour couper les liaisons ferroviaires frontalières et bâtir un monopole pour Thalys. Juste pour rire: pour faire Charleroi-Maubeuge en train, soit 50 kilomètres, il faut 3h15 en passant par Lille!»


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