Coulées de boue : ingénieurs en action

La pose d’un barrage filtrant (une fascine) en bordure de champ: un élément de solution parmi d’autres. -

Les spécialistes des coulées de boue et des inondations par ruissellement en Wallonie se retrouvent le 6 mars pour un premier bilan de 4 ans de travail.

Un épisode de pluie intense, de l’eau qui déboule, emportant éventuellement la terre du champ voisin: Ittre, tout particulièrement, n’a pas oublié les dernières coulées de boue qui ont dévasté ses rues et ses maisons, l’été dernier.

Sur cette diapositive, une voiture avance dans une eau brune qui vient mouiller la carrosserie du véhicule. «Il faut savoir qu’il n’y a pas de cours d’eau à côté. Ce n’est pas juste une inondation par débordement de rivière. C’est l’effet du ruissellement», commente Arnaud Dewez, de la cellule wallonne «Giser» pour «Gestion intégrée sols, érosion, ruissellement».

La logique de l’écoulement…

«Le phénomène se généralise en Europe. Et toute la Wallonie est concernée», précise Arnaud Dewez. Selon la cellule, une Commune rurale débourse 30 000€ par jour pour réparer les dégâts aux voiries et aux cours d’eau après des coulées de boue comme en a connu le Brabant wallon.

Comment lutter? Comment prévenir ou atténuer les effets du prochain épisode de ruissellement intense? Il en sera largement question ce 6 mars à Louvain-la-Neuve, lors de la 5e journée d’étude organisée par le Giser (lire ci-contre).

L’occasion d’un bilan de quatre années de travail pour cette cellule composée de cinq ingénieurs: deux qui se consacrent à la recherche appliquée (carte des risques, données de terrain, etc.) et trois chargés d’assurer l’assistance aux Communes.

Sur le terrain communal et agricole, les techniques à appliquer pour freiner l’écoulement des boues ne manquent pas: tranchées dans le sol avec barrages filtrants en branchages (ou fascines), doublés éventuellement d’une haie, bandes enherbées, changement de pratiques culturales, conseils en matière de permis d’urbanisme… «Quoi qu’il en soit, il faut suivre la logique de l’écoulement dans son ensemble, de l’amont vers l’aval sur tout le bassin-versant. C’est tout ça qui doit être examiné, quand une Commune fait appel à nous», note le Giser.

Depuis 2011, 106 demandes émanant de 80 Communes ont été traitées ou sont en cours de traitement: évaluations, réunions, négociations, aménagements… Les choses évoluent dans le bon sens, celui de la prévention. La sensibilisation est progressive et la journée du 6 mars en fait partie. Mais il faut du temps pour sortir du seul réflexe post-crise.

 

Mes patates dans son salon

 

On le sait, l’exploitation intensive des sols agricoles contribue au phénomène d’inondation par ruissellement. Mais l’érosion des terres nuit aussi aux cultivateurs : quand une partie de votre «fond de commerce» fiche le camp sur la voirie… Une agricultrice de Jodoigne résume ainsi l’équation : «ça ne m’arrange pas non plus quand mes pommes de terre se retrouvent dans le salon de ma belle-sœur».

OK. Mais comment réagissent-ils, autour de la table, une fois que la commune fait appel à la cellule Giser pour tenter de trouver une solution technique ?«Ils sont déjà sensibles à la problématique et ont déjà beaucoup adapté leurs techniques agricoles. Mais dans certains cas, ça ne suffit pas», observe Pierre Demarcin (Giser), conseiller technique notamment auprès des communes.

«En gros, il y a 80 % des agriculteurs avec qui on peut discuter. Parfois, c’est un peu difficile. Ça se passe mieux quand ils comprennent qu’on n’impose pas une technique. Il y a une panoplie de solutions, un catalogue d’outils. On est là pour discuter et pour avancer avec ceux qui veulent avancer», ajoute-t-il. «Ceci dit, ils ont aussi leur expertise à opposer : entre une demi-journée de visite dans un champ sur un bassin-versant et toute une vie d’agriculteur, on peut louper des trucs…»