Jeune photographe liégeois, Maxence Dedry a laissé traîner son appareil photo dans le quartier Matonge d’Ixelles. À partir de ce soir, il expose le début de sa vision du quartier ixellois.

Matonge, un quartier qui ne laisse pas indifférent. Ceux qui l’ont déjà traversé ne vous diront pas le contraire. «Un véritable microcosme si je peux dire, détaille Maxence Dedry, un jeune photographe liégeois qui a décidé de poser un regard photographique sur celui-ci. C’est une toute petite parcelle. Vous traversez une rue et en quelque sorte vous quittez Bruxelles. D’un coup, vous êtes dans une petite ville africaine. C’est magique. Il suffit d’y passer un peu de temps pour découvrir de supers trucs et des choses visuellement intéressantes. »

L'EXPO
Quand?
Du 11 février au 20 mars

L'L, chaussée de wavre 132, 1050 Bruxelles.

Maxence Dedry, pouvez-vous préciser la genèse de votre projet?
Dans le cadre de mes études, j’ai été amené à louer un petit appartement dans le quartier. Liégeois d’origine, cela m’évitait de me lever tous les matins à cinq heures pour me rendre à l’école. À force, de me promener dans le quartier, j’ai croisé pas mal de têtes. Certains trucs attirent ton regard. Comme j’ai un peu tendance à être obsédé par la photo, je ne quitte jamais mon boîtier de poche. Un jour, j’ai fini par me rendre compte que j’avais le début d’une série. La sauce a pris petit à petit.

Comment abordez-vous les gens?
Quand je prends une photo, il s’agit toujours d’une image que je vois dans l’instant, mais jamais quelque chose que je vais voler. Quand je vois un personnage, quelqu’un qui attire mon regard, je ne vais pas essayer de le prendre en "stoemp". Je vais lui parler de mon projet. Parfois certains sont totalement opposés à l’idée, alors que d’autres se prêtent au jeu. C’est un quartier truffé de surprises.

Des photos qui vous ont marqué?
Une des images qui marquent le mieux dans ma série, c’est un mec qui a commencé par se laisser prendre en photo. Puis il m’a demandé de le photographier à côté de sa caisse. Il se met à côté de son bolide, pose une main sur son costard et au final, c’est sans doute l’une des meilleures photos de ma série. On ne sait plus si c’est moi qui le mets en scène ou l’inverse. C’est ce que je trouve super intéressant, c’est un vrai échange avec la personne que je photographie.

Généralement, les échos sont-ils plutôt positifs?
A notre époque, c’est difficile d’inspirer la confiance. Il y a d’abord ce phénomène de société où tout le monde se réclame un peu photographe. Les photos circulent également énormément. Les gens se demandent où vont se retrouver leur photo. Malgré tout, je ne fais que les photographier sur leur plus beau profil. J’essaie que les gens soient chics comme je les vois. J’essaie à chaque fois de prendre leur adresse mail pour leur envoyer l’image. Parfois certains sont trop pressés, d’autres n’ont même pas envie. Quelques-uns y tiennent. Certains me font un retour, d’autres pas. En général, les gens sont contents de recevoir leur image.

Même si vous exposez vos photos, le projet est toujours en cours…
En effet, c’est un projet qui ne fait que commencer. Je le vois dans le plus long terme. Je sais que j’ai envie de prendre d’autres images, de travailler avec un autre appareil.

Pourquoi travailler en argentique?
On y revient toujours. C’est le médium le plus sur, le plus fun. Finalement, tu ne sais jamais vraiment ce que tu prends en photo. Sur mon boîtier, je n’ai que 36 vues. Je dois donc réfléchir à mes images. Sans parler qu’à chaque fois, je me réjouis d’aller porter mes photos pour les faire développer. Le rapport à l’image est différent.

Des moments particuliers vous ont-ils marqué?
Tout se fait finalement toujours très vite. Et j’essaie d’être toujours très discret et respectueux. On a parfois l’impression d’embêter les gens. Cela fait toujours plaisir quand les gens prennent le temps de discuter. Je me souviens d’une photo d’un vieux Monsieur en costard blanc. Je me suis baladé un moment avec sa photo imprimée dans mon sac à dos. Quand j’ai enfin eu la chance de le recroiser, il était super ému et super content de la recevoir. Ce sont de petites choses, mais humainement, je trouve cela fort.