DÉFENSE

À budget raboté, militaire moins motivé

À budget raboté, militaire moins motivé

Si certaines unités bénéficient d’excellents équipements, d’autres sont laissées pour compte. EDA Claudy Petit

Un militaire témoigne du manque de moyens accordés dans les composantes. Budgets rabotés qui ne sont pas sans conséquences.

Nos militaires ne partent plus en manœuvre, ou si peu. Autrefois, c’est-à-dire avant la chute du Mur de Berlin en 1989, c’était 6 mois passés par an sur le terrain, quelle que soit l’unité. Aujourd’hui, quand le militaire quitte son casernement pour des exercices, il rentre bien souvent chez lui chaque soir. Pour une personne «au front», trois appuis sont nécessaires à l’arrière. Aux soldats mobilisés pour des exercices sur le terrain, s’ajoutent donc toutes les unités logistiques chargées de l’intendance (mécaniciens, armuriers, cuisiniers, service médical…).

« Il n’y a pas si longtemps encore, on partait pour quatre périodes de deux semaines», témoigne notre interlocuteur qui regrette de ne plus vraiment avoir le sentiment de faire partie d’une armée. C’est sûr que les missions de la Défense changent, encore que les événements récents démontrent qu’elle a encore et toujours de nombreux rôles à jouer.

« Jusque dans les années 2000, chaque militaire possédait une arme. On disposait d’un casier avec tout son barda. Comme d’autres, j’ai dû tout rentre. J’ai vécu cela comme une insulte. Quand on vous dit de rendre votre équipement parce que vous n’en avez plus besoin… et que si tu pars, on t’équipera, tu sens cela comme une mise en voie de garage… Tu deviens une sorte d’agent de l’état banalisé». Sur les 30 000 militaires actuels, la moitié a dû rendre armes et bagages ces quinze dernières années.

Engagez-vous…

Pourtant, l’armée recrute toujours; elle affiche actuellement une campagne publicitaire en ce sens dans l’espace public. Elle aurait besoin de personnel mais n’arrive visiblement pas à le garder. Beaucoup casseraient leur contrat. Les chiffres donnés ici sont ceux des syndicats: après quatre années, 60% des nouvelles recrues quittent l’armée.

Notre témoin de citer le cas de mécaniciens avions qui, après avoir bénéficié d’une formation, quittent l’uniforme pour une place dans l’aviation civile qui verra leur salaire doubler ou tripler.

Pour maintenir l’effectif actuel (30 000), il faudrait engager 2 400 personnes par an: « Au plus fort du recrutement, on a enregistré 1 100 entrées. Comme peu de gens rentrent, on essaie de les garder à tout prix, ce qui baisse le niveau d’exigence.» Les budgets annuels dédiés aux manœuvres des élèves des écoles de sous-officiers ont été réduits de moitié!

Grave aussi le vieillissement de certains équipements: des pistolets GP sont toujours utilisés pour former des élèves. Des armes parfois vieilles de 60 ans! De nouveaux joujoux seraient en commande, mais il y a lieu d’abord de brûler les dernières munitions en stock de ces reliques, certes toujours bien entretenues, mais présentant notamment des risques de fissures sur la glissière.

Le chef des opérations no 2 de l’armée, le lieutenant-général Marc Compernol avait dénoncé l’automne dernier, dans De Tijd, l’impréparation des soldats belges en mission: «Nous sommes sur les rotules… Nous devons économiser nos moyens lors des entraînements. Résultat: nos troupes sont moins bien préparées et leur sécurité en opérations est compromise.» Certains militaires n’auraient plus tiré un seul coup de feu depuis dix ans, faute de budget. Pire encore, tous grades confondus, d’autres n’auraient plus chargé et déchargé une arme depuis vingt ans. «Avec comme conséquence une armée mal entraînée, mal équipée et complètement démotivé!», conclut notre témoin.

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