ÉNERGIE

Les Wallons électrisés par les Bretons

Les Wallons électrisés par les Bretons

Qu’est-ce qu’ils sont allés chercher en France sur le délestage électrique, les députés wallons? EPA

Quatre députés wallons reviennent d’une mission en France sur les risques de pénurie d’énergie. Ils en reviennent… survoltés.

On se dit que, tant qu’à refaire des missions parlementaires en Wallonie, on aurait pu convenir d’une thématique moins décalée: «les risques de pénurie d’électricité», alors que la menace d’un black-out s’amenuise au fil de l’hiver…

Jean-Luc Crucke n’est pas d’accord. C’est lui, le président de la commission Énergie, qui emmenait les trois autres commissaires, partis lundi, revenus vendredi. Depuis, le député wallon MR ne tarit pas d’éloges sur les Bretons.

Jean-Luc Crucke, vous avez appris des choses utiles pour les Wallons, en Bretagne et dans le Sud de la France?

C’était passionnant! En Bretagne, on a constaté une cohésion politique et une mobilisation citoyenne… Incroyable! L’énergie n’est pas dans les compétences des régions, en France. Mais les Bretons sont… des Bretons. Et ils sont unanimes. Droite, gauche, centre, écologistes forcément: ils ont dit «pas de nucléaire chez nous!» Et ils veulent développer des ressources alternatives. Mais ils ont pris aussi l’engagement de maîtriser la demande d’électricité.

Concrètement?

Ils ont un programme appelé ÉcoW’acteur. Quand un éventuel pic de consommation est en vue, l’alerte est donnée. À partie de là, un réseau de citoyens (près de 100 000 personnes) réagit en même temps.

Comment?

Tous ensemble, ils baissent leur consommation électrique par divers gestes: reporter une machine à plus tard, etc. Ils se sont engagés à ça. Et ça réduit la demande aux moments cruciaux. J’en ai même parlé à des gens dans la rue. Ils savent, ils sont engagés. Le fait que tout le monde s’implique, cette mentalité, l’engagement unanime de tous les élus, c’est ce qui m’a le plus impressionné! C’est cette mobilisation qui fait la différence avec le Sud, en région Paca (Provence, Alpes, Côte d’Azur).

Les gens n’y sont pas mobilisés?

L’initiative EcoW’acteur vient du Sud, en fait. Mais le Sud n’est pas mobilisé. Ce qui se décide à Nice ne va pas s’étendre à toute la région. Par contre, ils y construisent une éolienne flottante, parce que leurs fonds marins sont très bas.

Mais y avait-il encore une raison pour aller voir en France ce qui pouvait nous aider face au black-out? Le danger n’est pas aussi aigu qu’on le disait…

Il n’y a pas que le black-out. Il y a le plan de délestage. Chez eux, on ne déleste pas par zones comme chez nous. On préfère réduire la production de 20% pour tout le monde par exemple. Ça facilite plein de choses. Ne prenons que l’exemple de la circulation des trains… Et puis, il y a la maîtrise qu’on peut avoir sur la demande d’électricité. Il y a la prise de conscience. L’énergie, ça a un coût! ça reste d’actualité. Et il faut arriver à remplacer tôt ou tard le nucléaire.

Et vous ramenez quoi chez nous?

De l’oxygène, de l’énergie… Et en plus du rapport sur la mission bien sûr, les quatre commissaires vont déposer ensemble (Crucke et Olivier Maroy pour l’opposition MR, Dimitri Fourny pour le cdH, Pierre-Yves Dermagne pour le PS) une proposition de résolution sur ce qu’on a vu et sur la mobilisation citoyenne qu’il faut susciter. Sur ce dossier, nous devons parler le même langage. Ne pas nous diviser. Les missions, ça suscite toujours la critique, je sais. Mais on doit jouer la transparence absolue.
 

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