EMPLOI

«Cet argent, même sans travailler, j’y ai droit»

«Cet argent, même sans travailler, j’y ai droit»

Reporters (Illustration)

Est-il acceptable d’être payé quand on ne travaille pas? Et si le même droit à une allocation était offert à tout le monde?

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«Ce qu’on peut me souhaiter? Certainement pas de trouver du travail mais plutôt plus de revenus.» C’est une phrase choc. Une des plus interpellantes entendues dans le reportage, de la bouche de ces jeunes chômeurs rencontrés sur le pas-de-porte de l’exclusion.

Et pourtant, quand on y réfléchit, cette phrase est d’une simple évidence, forte. Elle traduit une question de principe fondamentale: «revenus» doit-il être indissociable de «emploi »? Si la réponse est oui, on remarquera que, dans notre société même, bien des revenus ne proviennent pas du travail, tel qu’on le conçoit. Et pas seulement pour les gagnants du lotto ou les héritiers rentiers.

Si la réponse est non, alors s’ouvrent d’autres perspectives de «rémunérations». Jusqu’au principe de l’allocation universelle. «Cet argent, que je travaille ou pas, je le mérite, c’est clair. Tout le monde le mérite. C’est très injuste que certaines personnes se fassent exclure», clame le même jeune homme, sur le refrain du droit universel à «mener une vie décente».

«Je vais être obligée…»

D’autres, malgré des efforts consentis, se résignent devant l’impasse. Comme cette mère de famille qui explique: «je postule, je postule .» Mais au verdict des entretiens d’embauche, «souvent je reste dans les deux dernières mais ce n’est pas moi qu’on choisit. Je ne sais pas si c’est à cause de mon âge… Plus le temps passe et plus je me dis que je vais être obligée de prendre un emploi que je n’ai pas envie de faire. Mais je ne peux pas me retrouver à la rue avec mes deux enfants!»

Sur le marché du travail au rabais, contrainte et forcée. Guère le choix, pour certains que de venir grossir les rangs de ceux qui acceptent les boulots les moins valorisants. Il en faut, n’est-ce pas?

«Moi, je me dis: très bien, je n’ai plus envie de jouer à ce jeu-là», oppose un autre jeune homme. Pas près à sortir du «jeu» de l’allocation pour tomber dans un autre piège tendu, celui de l’emploi précaire. Stigmatisant pour ceux qui s’y collent mais pesant aussi sur les rémunérations de tous les salariés. Parce que plus il y a demandeurs d’emploi sur le marché du travail, et moins les salaires doivent être alléchants.

«Je me débrouillerai»

Simple loi de l’offre et de la demande. Un pilier de notre économie libérale, que certains se disent prêts à envoyer aux orties. «Je vais rentrer de plus en plus en conflit avec une part de ce système. Je me débrouillerai, dit ce témoin. Je rejoindrai une forme de marginalisation, j’irai squatter une maison, ce genre de trucs.» Ou se contenter des restes de la société d’abondance.

Et puis ce constat, interpellant aussi: «On exclut les gens d’un système économique mais ces gens iront nourrir l’économie souterraine. On ne fera qu’encore plus échapper au contrôle de l’État», fait-il remarquer. L’argent, qu’il vienne des allocations ou du travail, ne revient-il pas, toujours, dans le circuit de l’économie qui l’a généré?