Un questionnement sur le sens du travail

Secrétaire générale du Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté, Christine Mahy constate une évolution des mentalités chez certains chômeurs par rapport au monde de l’emploi.

Des chômeurs qui assument leur situation et refusent un emploi «à n’importe quel prix», c’est nouveau?

Oui, je constate cela sur le terrain depuis 4 ou 5 ans. Même s’il y a toujours eu des personnes plus marginales, critiques par rapport au système et qui auraient d’ailleurs la même attitude même en période de plein-emploi.

C’est différent aujourd’hui?

Aujourd’hui ces personnes, souvent jeunes (mais il y a des moins jeunes aussi) se posent des questions sur base d’une conviction forte: il n’y aura plus jamais de travail pour tout le monde. La crise bancaire, le scandale des richesses pour quelques privilégiés seulement, les grosses entreprises qui ne paient pas d’impôt, etc., ont bouleversé le mode de pensée.

Certains se demandent s’il faut rentrer dans une société qui exploite les gens dans des emplois peu gratifiants, qui parfois rendent même malade et malheureux. Ceux-là questionnent le sens du travail: est-on fait pour travailler ou plutôt pour faire ce pourquoi on est le plus utile. Que ce soit dans un emploi ou pas.

Mais ils revendiquent malgré tout leur engagement au profit de la société.

Oui, mais dans un choix libre, souvent par le bénévolat. Avec la volonté de mettre au service de la collectivité ses potentialités. Ils se disent: “même s’il n’y a pas d’emploi, je trouverai les moyens de le faire.” C’est plus lié à une volonté d’échanges humains, de faire un travail qui a du sens, qu’on aime, plutôt qu’une question de salaire. Même s’ils préféreraient que ce travail soit reconnu par un salaire. Ou ne fût-ce qu’en ne supprimant pas leur allocation…