BELGIQUE

«Un chômeur épanoui, ça rend jaloux»

Ils revendiquent leur refus d’un emploi à n’importe quel prix. Mais ils assurent enrichir une société qui aujourd’hui les exclut.

+ NOTRE WEBDOC | "Les parasites, le documentaire qui démange"

«Je travaille déjà au profit de la société. Je ne suis pas dans un rapport où je travaille pour ma gueule. Je n’ai pas envie de faire plein d’argent, j’ai juste envie de faire ce qui me semble important. »

Ce témoignage fort, tiré du documentaire Les Parasites, résume l’état d’esprit de pas mal de chômeurs. Des gens certes sans emploi mais qui revendiquent l’utilité de ce qu’ils apportent à la collectivité.

«Je me sens actif, même si je ne suis pas salarié, dit un autre des témoins du documentaire. On peut très bien travailler en dehors de l’emploi et produire quelque chose.» Une production de richesse difficilement quantifiable et qui est souvent plus sociale qu’économique.

Chômeuse de longue durée, un autre témoin a ainsi mis à profit son temps disponible pour s’engager en faveur de l’association “Les enfants de Tchernobyl”. S’impliquant pour cette cause jusqu’à prendre des cours de russe et faire une formation en radioprotection.

Soulager les souffrances et les difficultés d’enfants et de familles victimes d’une des pires catastrophes nucléaires est-il un travail moins louable, moins utile à la collectivité que celui qu’effectue le guichetier d’un bureau de Poste par exemple? Faut-il considérer comme choquant que l’État paie une allocation de chômage à cette personne alors que de l’argent public dépensé pour subsidier un emploi, peut-être moins utile, est perçu comme normal?

«Ça ne me dérange pas de devoir travailler, j’aime occuper mon temps de manière constructive, dit un autre témoin qui assume pourtant le fait de ne plus chercher d’emploi. Mais que ce soit un emploi ou un travail non rémunéré, pour moi la valeur ne change pas.»

Ceux qui tiennent ce discours militent ou s’engagent au sein d’associations qui affirment d’ailleurs que sans eux elles ne pourraient mener à bien leurs missions voir ci-dessous).

Ces chômeurs qui… travaillent expriment souvent aussi leur opposition au mythe du CDI et à la compétition pour l’atteindre. «Moins il y a de CDI, plus il faut en avoir un pour considérer qu’on a réussi sa vie», regrette un témoin qui a choisi une autre voie.

« J’ai eu des activités qui permettent de me grandir et d’apporter des choses positives autour de moi. Ça n’a strictement rien à voir avec le fait d’avoir un salaire ou d’être chômeur. »

Mais ces notions de liberté de choix et d’épanouissement personnel passent mal quand elles sont revendiquées par des chômeurs alors que de nombreux travailleurs, toujours plus écrasés par la course à la productivité, vont au bureau ou à l’usine avec des pieds de plomb.

«Un chômeur épanoui, ça ne va pas», confirme un autre témoin qui voit parfois dans le regard de ceux qui ont un emploi une certaine… jalousie.