Pas si «mal», ce tifo anti-Defour

Belga

Indécent. Honteux. Horrible. Ignoble. Incitation à la haine. Appel au meurtre. Dans sa grande majorité, le monde du foot belge (voire international) condamne sévèrement la banderole anti-Defour déployée dans la tribune de Sclessin.

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Même les politiques, sportives ou pas,  s’en mêlent et certains réclament des sanctions exemplaires. D’autres évoquent des peines de prison. Et pourquoi pas une petite… décapitation, tant qu’on y est ?

Les médias aussi, crient au scandale, parce que leur foot est tout sali par ces vilains ultras rouches, et parce que « graphiste », finalement, ça fait presque « terroriste ». Des médias qui usent et abusent en permanence de tout le vocable guerrier que le foot leur permet, mais qui sont choqués à ce point par un… simple dessin. Même s’il est dur, d’accord.

A Liège, les commentateurs de VooFoot, tout à leur outrage, auraient dû se rappeler que leur enseigne avait déguisé Tchité, Jovanovic et Vadis en généraux prêts à partir en guerre pour les besoin d’une pub annonçant les play-off. C’était un gag, bien sûr. Une parodie. Tout comme le tifo exhibé dimanche après-midi l’est aussi. Allez, franchement, le mec de de la série Vendredi 13… Un appel au meurtre ? Faut pas déconner, non plus.

Que le bon goût ou très mauvais goût de l’œuvre soit discutable (j’ajouterais bien qu’un dessin pareil approche de l’art, mais j’entends d’ici l’un ou l’autre moralisateur me dire qu’Hitler non plus n’était pas le dernier des peintres), c’est une chose. Mais que, sur le fond du message, cela fasse un tel foin de bien-pensants, c’est hallucinant ! Les supporters du Standard qui ont affiché le tifo, et ceux qui l’ont cautionné, se sont exprimés ! Steven Defour a évidemment le droit de choisir la carrière qu’il veut. Eux, ils ont le droit de se sentir tristes, trompés, floués, trahis. Et ils l’expriment. L’idée n’est pas de lancer une fatwa sur le joueur. De mettre un contrat sur sa tête.  L’idée, c’est de tuer une idole. Pour eux, « leur » Defour est mort. Et ils le montrent. Sur un tifo géant. C’est spectaculairement violent, oui. Mais ils ont couché sur une bâche, à coups de pinceaux et de bombes ce qu’ils ressentent.

Il faut que les tribunes soient libres, si tant est qu’on puisse l’être devant un match de foot. Tant qu’il n’y a pas de xénophobie, d’incitation à la discrimination, à la haine.

Encore une fois, sur le dessin, ce n’est pas un supporter du Standard qui brandit la tête de Defour, mais ce bon vieux Jason Voorhees avec son masque flippant. Tout comme c’était Tony - Scarface -  Montana qui, la saison passée, sortait son flingue pour dégommer du Mauve, sur un autre tifo qui avait marqué les esprits. C’est éventuellement de l’humour douteux. Rien de plus.

Rien de plus, et sûrement pas une incitation au meurtre, donc. Ni à la décapitation. « Avec ce qu’il se passe dans le monde pour le moment, c’est vraiment indécent », peut-on lire ou entendre de ci, de là. Et alors ? Certains se demandent-ils vraiment si les Ultras du Standard ont voulu faire un clin d’œil aux pratiques de Daesh ? Faut être tordu pour s’imaginer ça. Limite adepte de la théorie du complot. On n’a pas interdit les « films catastrophe » après le Tsunami de l’océan indien de 2004, sous prétexte que, bon, c’est pas le moment. Et ici ? On va retirer les jaquettes des films Vendredi 13 dans les rayons des dernières dévédéthèques encore existantes, sous prétexte qu’on y tranche des têtes ? Et tant qu’on y est, interdisons la diffusion des Tarantino parce que le climat n’est pas propice.

Car si une partie des fans du Standard a éventuellement un peu perdu le sens de la mesure, que dire de certains commentaires sur les réseaux sociaux… Une journaliste du service sportif de la RTBF, Christine Hanquet, s’est même fendue sur Twitter d’un « Ce sont vraiment des êtres humains qui ont fait ça ? ». Soit cette dame est en retard d’une vingtaine de jours pour commenter l’actu, soit… Bon, passons.

Et parlons de tous ceux qui évoquent, sans doute en oscillant la tête de droite à gauche, sans doute avec de grands yeux trop inquiets, les enfants qui ont assisté à ça. « Comment expliquer cela à mon fils de dix ans ? », s’interroge un père (fatalement) de famille.

Cela ne paraît pourtant pas si compliqué. Il suffit d’expliquer que c’est juste un dessin. Ou une image. Comme quand on parle dans les journaux d’ « équipe décimée », d’ « attentat sur un joueur » ou de « ça va être la guerre ». Expliquer que ce n’est peut-être pas très fin, mais que tout cela n’est pas si grave, non… Que ce n’est pas si mal.

Moi, j’ai plus de mal à expliquer à mes enfants pourquoi ça gueule « enculééééééé » quand le gardien dégage.

Comme quoi, à chacun sa peine.  

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