DÉCÈS DE STÉPHANE STEEMAN -

Jacques Mercier sur Stéphane Steeman: « J’ai perdu un grand frère »

Jacques Mercier sur Stéphane Steeman: « J’ai perdu un grand frère »

Stéphane Steeman et Jacques Mercier, 09-11-1993. Stéphane Steeman, humoriste, comédien, écrivain. ©Guido Marcon - REPORTERS Reporters

Jacques Mercier a fait ses débuts en radio avec Stéphane Steeman. Son décès l’a profondément touché: «J’ai perdu un grand frère».

Entre 1966 et 1974, Stéphane Steeman a fait équipe avec Jacques Mercier à la tête d’une émission radio humoristique intitulée Dimanche musique et diffusée sur les ondes de la RTBF. On raconte que même au Palais royal, les enfants d’Albert et Paola écoutaient l’émission. «C’était vraiment huit années de collaboration intense, se rappelle Jacques Mercier. Aujourd’hui, j’ai vraiment perdu un grand frère… À l’époque, c’était déjà une star! Il était surtout connu pour ses imitations. Et quand je regarde en arrière aujourd’hui, je m’aperçois que c’était l’époque de toutes les premières fois. Au début, je n’étais que son faire-valoir, qui riait à ses blagues.»

À la place de Jacques Careuil

La collaboration entre les deux compères a débuté par hasard. «Au départ, c’était Jacques Careuil qui devait faire l’émission avec lui, mais on lui a proposé Feu vert à la télé et il a préféré faire cette émission. Ils ont cherché partout quelqu’un et ils ne trouvaient pas, car personne ne voulait venir travailler le dimanche. Et puis ils sont venus me voir. Je ne faisais pas d’antenne, j’étais assistant et j’avais un peu travaillé avec Careuil. Je suis allé voir le directeur et il m’a dit: vous pouvez faire cette émission, mais vous restez assistant. Je ne vous augmente pas! Ce qui fait que pendant huit ans, et malgré le succès, j’ai été payé comme un assistant.»

Au fil des années, la collaboration au travail se transforme en réelle amitié. «Il me faisait beaucoup rire. On a lié de vrais liens. On se voyait souvent en dehors du boulot pour préparer les émissions. On partait en vacances ensemble…»

Un homme convaincant

C’est aussi Stéphane Steeman qui conseillera à Jacques Mercier de porter une perruque. «Il venait d’en acheter une et il m’a dit: tu commences à perdre tes cheveux, tu devrais en porter une! C’est un véritable succès aux États-Unis et tu verras que dans dix ans, tout le monde en portera. Ce qui fait que je me suis retrouvé avec une perruque dont j’ai eu beaucoup de mal à me défaire par la suite (rires).»

Jacques Mercier confirme également le caractère déterminé de l’humoriste, notamment dans son combat contre le tabagisme. «Son père était décédé d’un cancer lié au tabagisme et du jour au lendemain, il a décidé d’arrêter de fumer et de mener un combat contre la cigarette. Moi, j’avais la chance de ne pas fumer, mais il était très intransigeant, presqu’au point de vous gifler si vous fumiez!»

«Il a décoincé l’audiovisuel belge»

Stéphane Steeman était aussi très attaché à la Belgique. «Un peu comme tous les gens de cette génération, déclare Jacques Mercier. Il était aussi clairement de droite et défendait ses idées. Et nos relations se sont d’ailleurs un peu distendues à la fin des années 80, à l’époque du Jeu des dictionnaires et de La semaine infernale. L’humour qu’il pratiquait était dans un autre registre que toute la bande que je fréquentais à l’époque (NDLR: Marc Moulin, Philippe Geluck, Jean-Jacques Jespers, Soda, Jean-Pierre Hautier, Frédéric Janin…) et qui était plutôt à gauche, d’ailleurs… Il n’était pas très d’accord avec le fait que l’on puisse dire parfois de telles choses à l’antenne.»

Mais Jacques Mercier tempère: «Dans les années 60, Stéphane Steeman a vraiment décoincé l’audiovisuel belge. Tous les dimanches soirs, on essayait d’aller parfois un peu plus loin…»